Une opinion signée par un ensemble de personnalités des mondes politique, artistique, médical et universitaire. Retrouvez l'ensemble des signataires au bas de l'article.

Une guerre terrible vient de se terminer dans le Caucase, au Haut-Karabakh, qui s’est soldée par la défaite des Arméniens. La puissance de feu considérable et la férocité déployées par l’armée azerbaïdjanaise, l’armée turque et leurs mercenaires venus de Syrie ont eu raison de la résistance arménienne.

La guerre se termine aussi par un nettoyage ethnique. Les Arméniens des territoires conquis par la coalition turque et ceux des territoires qui seront transférés à l’Azerbaïdjan ont déjà fui. Le peu de territoire resté sous contrôle arménien est également dépeuplé, puisque la population civile a fui les bombardements.

Le nettoyage ethnique dans la région n’est pas une coutume locale ou un accident de parcours, c’est une politique. Depuis le début du XIXe siècle, cette “politique des populations” est utilisée par les puissances rivales russe et turque.

Le génocide arménien s’inscrit, d’une manière paroxystique, dans cette logique. En supprimant la population arménienne de son territoire, la Turquie rend une hypothétique prise de contrôle russe de la région impossible. Or, l’expérience historique marque profondément la culture politique des États. Le succès du génocide en Turquie continuera d’inspirer la démarche de l’État turc dans la région, qui appliquera la logique du nettoyage ethnique à Chypre après 1974 et dans le nord de la Syrie depuis 2011, sans réaction notable de la part de la Communauté internationale.

L’Azerbaïdjan se conçoit comme le disciple du grand frère turc : les dirigeants des deux États se réclament “d’un peuple dans deux États”, car ils partagent la même langue et se situent dans une continuité territoriale. L’État azéri s’inspirera logiquement des méthodes turques : pendant la période soviétique, les Arméniens disparaissent de la région azérie du Nakhitchevan ainsi que des territoires entourant le Haut-Karabakh. C’est lorsque les troupes de l’Azerbaïdjan soviétique commencent à déporter les Arméniens du Karabakh, à partir de 1990, que le conflit s’envenime.

Des outils au service de l’État turc

Les Arméniens pourront-ils rester sur le petit bout de terre qu’il leur reste au Karabakh ? Rien n’est moins sûr. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déjà annoncé la couleur, puisqu’il parle de “chasser les Arméniens comme des chiens”. Mais comment les déloger en présence des forces de maintien de la paix russes ? Reste l’étranglement : le président Aliyev refuse de négocier un statut quelconque avec les Arméniens : “Au diable le statut. Pas de statut, et il n’y en aura pas. Cela n’arrivera pas tant que je serai président”.

Sans statut, en effet, pas d’État reconnu, pas de reconstruction, pas de développement, pas de présence internationale, pas de dialogue pour la paix, pas de commerce ni de coopération internationale indispensables à la paix et au développement de ce petit territoire. Sans statut, la guerre reprendra dans cinq ans ou, au plus tard, dans dix ans, au départ probable des troupes russes.

Si les Arméniens doivent continuer de vivre dans le Haut-Karabakh, ce n’est pas seulement parce qu’ils y sont chez eux, mais parce que c’est dans l’intérêt de l’Europe.

Les leçons de l’histoire sont claires : le nettoyage ethnique et le génocide font partie des outils au service de l’État turc, qui en a enseigné l’usage à son allié azerbaïdjanais. La pratique est contagieuse, puisque des Arméniens ont à leur tour expulsé des populations azéries en 1993. Si l’Europe espère enrayer un jour la logique du nettoyage ethnique, elle doit faire échouer ce projet.

Le rôle de la Belgique

Le Parlement français vient de demander la reconnaissance du Haut-Karabakh comme État indépendant.

La Belgique peut franchir le pas elle aussi. Nous appelons à la reconnaissance du Haut Karabakh.

La Belgique pourrait par ailleurs établir des relations de niveau diplomatiques avec le Haut-Karabakh : c’est une solution intermédiaire, pragmatique et c’est un premier pas que nous avons déjà franchi dans d’autres situations. Notre pays entretient en effet des relations avec la Palestine et Taïwan.

La Belgique ne peut pas rester plus longtemps silencieuse : elle doit reconnaître le gouvernement du Haut-Karabakh et établir des relations avec lui.

Liste complète des signataires :