Un poème d'Anne Montariol, lectrice de La Libre.

Ce printemps deux mille vingt,
Tant d’éclaboussures de lumière
Insupportables
A nos yeux brûlants de larmes.
Les bourgeons explosent,
Arcs-en-ciel parfumés
Sur les nations encloses
Du "chez soi" confiné.

Dès l’aube les joyeuses trilles
Envahissent l’azur,
Carillonnent à tous vents,
Innocemment,
Tandis que dans les rues
Les sirènes des ambulances
Déchirent l’air frais,
Griffent les fenêtres et
Se cognent à notre désarroi.

Nous n’avons pas vu venir
La maladie, la pandémie,
Sournoise contamination
Arrivée de la Chine
Par vaux et par monts
Jusqu’à tes poumons.
Nous ne t’avons pas vu partir…

Jour après jour s’épaissit l’angoisse.
Assumer la distance.
Deviner ta souffrance.
Accrocher l’espérance.
Chaque soir au balcon
Nos paumes scandent : Merci !
A toutes celles et ceux
Qui sont au charbon.

À pleines forces et à pleins risques
Ils te soignent, te veillent, te caressent
Là-bas,
Où nous ne pouvons pas aller.

Soudain le destin cruel a frappé.
Non, ils ne t’ont pas abandonné.
Coulant des larmes chaudes Ils ont abaissé doucement
Du bout de leurs mains gantées
Tes paupières épuisées.
Le téléphone a sonné le glas.
Au bout du fil une voix s’étrangle.
Le silence de ta mort
Tombe dans notre âme.

Sur nos lèvres ton nom tremble.
Nos sourires flottent dans le vide.
Nos bras pendent, ballants,
Inutiles,
Lourds de la peine de n’avoir pu
T’enlacer
Une dernière fois.

Mais nos cœurs brûlent
D’un amour fou pour toi.
Nos mémoires bousculent
L’effroi
Pour cueillir des gerbes d’images 
De toi…
Ta vie en couleurs,
Notre héritage,
Un talisman.

Nous ne t’avons pas vu partir…

Ils t’ont porté en terre
Ou parsemé tes cendres
Avec ces beaux gestes de frères,
Silencieuse prière.
Dans ton dernier berceau
Nous glissons en secret
Nos câlins de tendresse,
Les chagrins de nos peaux.

Ta gloire fut simplement
D’être Humain.
Ainsi que tes fautes,
Déjà pardonnées.
S’il existe pour toi
Le Paradis de l’Amour,
Alors tu y es déjà
Pour toujours !
Si tu n’y crois pas,
Ne t’inquiète pas.
Tu résides en nos cœurs,
Ton intime demeure.

Adieu

Nous te souhaitons

La Grande Paix

Dans cet Inconnu.