L’affaire, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, a fait hier matin le bonheur des internautes. Comment donc, "La Libre Belgique" et le "Soir" refusaient de publier une carte blanche consacrée à la restructuration de la rédaction du magazine "Le Vif-L’Express". Déni d’information ! Pas moins.

Plus que le conflit au "Vif", c’était le refus de publier qui faisait événement. Paradoxe : c’est Internet qui faisait le débat alors que "La Libre" proclame que "le débat est ouvert". Et quand bien même j’estime, aujourd’hui encore, que cette carte blanche vise à côté de l’objectif, je ne veux pas dans nos pages pratiquer l’art de l’esquive. Le texte refusé est donc accessible à nos lecteurs, en même temps que l’avis du directeur du "Vif" mis en cause. Pour que chacun librement se forge sa propre opinion.

Parmi les multiples raisons qui ont guidé ma décision (procès d’intention et attaque ad hominem du Directeur des rédactions de Roularta, confusion savante entre conflit social et volonté d’appauvrir les contenus, etc.) celle-ci qui est essentielle : l’amalgame qui consiste à faire de ce conflit particulier le symbole de ce que "trop d’entrepreneurs de presse choisissent, parfois sous le prétexte des difficultés économiques, d’appauvrir les contenus, de réduire les effectifs, de se priver des plumes critiques et d’esprit libres, de mettre au placard des talents fougueux, et de préférer des chefs et sous-chefs soumis". Tous dans le même sac, en somme !

Oui, la situation de la presse est difficile. Oui, le lectorat s’érode. Non, l’éditeur de "La Libre", pas plus que l’équipe de la rédaction en chef, ne cherche à appauvrir les contenus pour "vendre du temps de cerveau aux annonceurs". Nous essayons, tous les jours, d’améliorer et d’adapter notre manière de faire notre métier - informer nos lecteurs pour qu’ils puissent agir et non subir le monde - pour convaincre de nouveaux lecteurs de nous rejoindre. Cette mutation ne se fait pas, et ne se fera pas, sans grincements de dents. Mais elle est nécessaire, incontournable. Elle nécessite de s’adapter, de maîtriser les nouveaux canaux (Internet) de la communication. Sur ce débat-là, le seul qui vaille, les signataires font l’impasse. "La Libre", elle, en est preneur.