Une opinion de Laurianne Terlinden et de Thomas Pardoen, chrétiens qui prennent la parole à titre privé.


Nombre d’entreprises, associations, administrations, écoles ou équipes de recherche cherchent à évoluer vers un modèle d’entreprise tantôt dit "libéré", tantôt "participatif" ou "collaboratif". Pour mieux comprendre cette évolution, Frédéric Laloux, dans son livre "Reinventing organizations", présente l’évolution des différents niveaux d’organisation des sociétés humaines en les cataloguant par des couleurs : le rouge pour des clans sous une autorité forte basée sur la peur, l’ambre pour des structures pyramidales rigides, stables et qui répètent sans cesse le passé, l’orange pour un management basé sur des objectifs et la méritocratie, le vert pour une approche quasi familiale aux valeurs fortes et pluralistes et, enfin, l’opale pour un modèle d’organisation fondé sur l’authenticité, l’altruisme, l’épanouissement vrai, la stimulation et la valorisation de la contribution de chacun tout en permettant des prises de décision efficaces, la résolution de conflits et une centration sur les objectifs fondamentaux.

Un modèle pour succéder à la gestion pyramidale de l'Eglise

Dans la suite des constats partagés ces dernières semaines sur les scandales à répétition vécus dans l’Église catholique et pour faire écho aux propos du Père Charles Delhez (1), pourquoi ne pas se poser la question de la transformation de l’institution Église catholique du modèle ambre dont elle est actuellement l’archétype vers une organisation opale ? Une structure d’Église participative, agile et interactive à tous les niveaux pourrait succéder à la gestion pyramidale, centrée sur le clergé, qui a mené à des abus de pouvoir autorisant les dérives et déviances les plus extrêmes.

Et pourquoi pas ? Contrairement à beaucoup d’organisations, le travail essentiel sur la définition des valeurs de base serait naturel, les fondements d’une telle organisation se retrouvant dans les évangiles. Saint Jean par exemple nous montre le Christ comme un roi qui lave les pieds de ses fidèles, léguant ainsi à ses disciples une conception de l’autorité basée sur l’attention à l’autre et le service (Jean, 13, 1-18). Dans cette conception de l’Eglise, les prêtres, comme garants du seul pouvoir à préserver, le sacramentel, retrouveraient le temps de se consacrer au cœur de leur vocation : la transmission de la Parole, les sacrements, l’écoute, la prière. On abandonnerait la pyramide d’un pouvoir concentré autour d’hommes seuls à chaque étage, pour lui préférer une organisation plus dynamique, profitant des talents de toutes et tous et plus à même d’évoluer avec la société, tout en préservant le cœur du message ; en résumé une institution collaborative et agile pour porter un message intemporel. Par contre, le travail sur la résolution des conflits en interne, la transparence dans la diffusion de l’information à toutes et tous, l’abrogation d’un pouvoir parfois jugé coercitif, l’analyse collégiale des missions, et autres dérives trop souvent révélées dans les médias, ce travail-là exigera, si l’on ose dire, une sacrée énergie.

Se recentrer sur les valeurs de base

La discipline, parfois si stricte de l’Église, se muerait en une adhésion pensée collectivement aux petites et grandes décisions de l’ordre du temporel. Nombre de paroisses fonctionnent déjà sous ce mode, mais cela peut s’amplifier à tous les niveaux de la chaîne et s’étendre – pourquoi pas, là encore ? – à la gouvernance des fabriques d’Église. Cette transformation permettrait à notre Église de se recentrer sur ses valeurs de base. Elle lui rendrait la crédibilité nécessaire à la diffusion de celles-ci, tout en veillant à trouver le juste équilibre entre l’action de Dieu et les moyens "humains" mis en œuvre pour y contribuer. Que faut-il pour avancer ? Selon Laloux, il faut que le top management soit convaincu. On pourrait penser que le souverain pontife, au vu de ses actions actuelles, ne verrait pas d’un mauvais œil une Église opale pleinement et authentiquement consacrée au rayonnement de la Lumière.

(1) : voir Charles Delhez, "L’Église : un système qui s’effondre", La Libre.be, 26 février 2019

Titre de la rédaction. Titre original : "Et pourquoi pas une Église opale ?"