Une opinion d'Olivier Dupuis, député européen pour le Parti radical italien et transnational de 1996 à 2004.

Loin des projecteurs, la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie fait rage. Objet du contentieux : le Haut-Karabakh, terre historiquement peuplée d’Arméniens. Avec un cortège de victimes civiles et militaires qui ne cesse de s’alourdir. Jusqu’ici l’Union européenne, ses Etats membres, les Etats-Unis et les autres grandes démocraties sont restées silencieuses voire ont opté pour une posture ponce-pilatesque, de commode neutralité entre les deux belligérants.

Une telle position de l’Union européenne et de ses Etats-membres n’est politiquement pas tenable et est moralement injustifiable. Et ce pour diverses raisons :

  1. Le Président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, a commis une faute politique majeure en acceptant le soutien militaire de la Turquie de Recep Erdogan, héritière du régime des Jeunes Turcs qui mit en oeuvre le génocide des Arméniens (1915-1916) sur le territoire turc (1.200.000 victimes au moins) et le nettoyage ethnique de vastes territoires jusqu’alors peuplés très majoritairement et depuis des siècles par des Arméniens.

  2. L’inclusion politico-juridique du Haut-Karabakh dans la République Soviétique d’Azerbaïdjan en 1921 n’est rien d’autre que le produit d’un découpage territorial voulu par l’esprit malade et criminel de Joseph Staline.

  3. Les autorités de l’Azerbaïdjan, initiateur de cette nouvelle guerre, ont opté pour un bombardement massif des populations civiles du Haut-Karabakh.

  4. Le Président azerbaïdjanais a accueilli, sur proposition et avec le concours du régime de Recep Erdogan, au moins 1 500 mercenaires provenant de Syrie.

  5. Au cours de près de deux décennies au pouvoir, le régime azerbaïdjanais du Président Ilham Aliev n’a pas adopté la moindre réforme visant à démocratiser le régime autocratique hérité de son père Gaydar Aliev. Les arrestations et les emprisonnements de toute voix discordante restent la règle absolue, constituant par là même un repoussoir absolu pour les Arméniens du Haut Karabakh à leur réintégration dans la République d’Azerbaïdjan.

  6. En dépit de nombreux dysfonctionnements, le régime en place en Arménie, en particulier depuis la révolution de velours de 2018, rencontre nombre des exigences de base d’un système démocratique.

  7. Le statu quo en vigueur depuis les années 90 entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie n’offre aucune possibilité de trouver un accord de paix durable entre les deux parties.

  8. Ce statu quo bénéficie en premier lieu au régime russe de Vladimir Poutine.

Les démocraties atlantiques et l’Union européenne devraient comprendre que le "problème Erdogan" est un problème pour elles, même lorsque ses visées nationalistes se déplacent hors du bassin méditerranéen. Plus le président turc internationalise son influence, plus il aggrave le problème que la Turquie représente aujourd’hui pour l’Otan et pour l’UE.

Pour ces raisons et afin de créer les bases pour que des négociations sérieuses entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie puissent avoir lieu, il n’y a d’autre solution que de reconnaître l’indépendance du Haut-Karabakh.

Seulement à partir de cette reconnaissance, il pourra être possible de trouver un compromis - sur base par exemple de la proposition Goble des années 90 -, qui permette d’assurer une continuité territoriale entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan d’une part, entre l’Arménie et le Haut-Karabakh d’autre part et qui crée les conditions de sécurité permettant à l’Arménie de restituer à l’Azerbaïdjan les districts azerbaïdjanais actuellement occupés autour du Haut Karabakh.

Il va de soi qu’une telle reconnaissance internationale du Haut-Karabakh ne pourrait constituer un réel facteur de rupture avec le statu quo existant depuis 1994 ainsi que le moyen d’arrêter la guerre en cours que si elle était le fait conjoint de nombreux pays démocratiques et, particulier, des Etats-Unis et des pays membres de l’Union européenne.