Médecin, collaborateur scientifique à l'institut Hayek

La rentrée des classes est à nos portes de même que les rappels à l'ordre idéologiques. Dans son article "Ne sacrifiez pas les enfants !" ( La Libre Belgique , 29 août 2007), M. Liesenborghs nous invite à fermer les yeux et à confier nos enfants à la collectivité, incarnée par des fonctionnaires dévoués et bien intentionnés. Eux seuls savent ce qui est juste et bon en matière d'enseignement. Pourtant, à quelques nuances près, le système proposé par M. Liesenborghs est celui que l'on possède déjà... c'est-à-dire l'un des systèmes d'enseignement à la fois les plus chers et les moins efficaces de l'ensemble de l'OCDE, ainsi qu'en attestent régulièrement les études PISA ("Programme international pour le suivi des acquis des élèves").

Aujourd'hui, une minorité de parents a le privilège de pouvoir offrir à ses enfants un enseignement de qualité. Ces parents inscrivent leurs enfants dans des écoles privées ou internationales au minerval exorbitant, qui sont en mesure de leur garantir l'apprentissage de ces savoirs fondamentaux que M. Liesenborghs et les ingénieurs du rénové considèrent avec morgue.

Il n'est plus acceptable que la définition d'un enseignement de qualité revienne à une minorité de bureaucrates et d'idéologues qui ont aussi clairement échoué. De nombreux parents ne se satisfont pas de la liste des savoirs, savoir-faire et savoir-être que l'on trouve dans l'article de M. Liesenborghs. Certains ajouteraient des mots tels que "discipline", "bilinguisme", "immersion", "religion" ou encore "Liberté". Quand on lit sous la plume de M. Liesenborghs qu'à trop se focaliser sur le savoir "lire-écrire-compter", on menace l'avenir de nos enfants, on est en droit de se demander si ce n'est pas plutôt en n'apprenant pas suffisamment à nos enfants à "lire-écrire-compter" qu'on hypothèque leur avenir !

Il est vrai que l'éducation en Communauté française n'est pas aussi centralisée que chez nos voisins français, par exemple. Cependant, les écoles de l'enseignement libre n'ont qu'une marge de manoeuvre limitée et restent financées directement par les pouvoirs publics. Cette marge de manoeuvre se réduit d'année en année, particulièrement depuis le passage au ministère de l'enseignement de Mme Onkelinx, et s'est encore réduite tout récemment avec les mesures de la ministre Arena visant à "adapter" (i.e. limiter drastiquement) la liberté de choix des parents et des établissements. L'arrêt de la Cour d'arbitrage sur le sujet est très attendu.

Au vrai, un seul système permet de maximiser la concurrence des programmes ainsi que la liberté de choix, tout en préservant la redistribution chère au modèle social européen : le chèque-éducation. Dans ce système, chaque famille reçoit un chèque pour chacun de ses enfants, libre à elle de choisir l'établissement scolaire de son choix.

Il faut, en règle, éviter les mots qui fâchent. Mais la manière dont les auteurs du système dit rénové se cabrent et se hérissent quand on évoque les mots de concurrence et de client dans le domaine de l'enseignement est trop révélatrice pour ne pas s'y arrêter. La mode est à la dévalorisation du statut de client. C'est pourtant la qualité de client qui fait du récipiendaire d'un service quelqu'un de particulier, quelqu'un à soigner et satisfaire.

Comme contribuables et directement, les parents paient des sommes considérables pour financer l'éducation de leurs enfants. Il me semble qu'ils sont en droit d'attendre un service optimal et que, dans l'enseignement comme dans tous les domaines, la seule technique permettant de le leur assurer est la concurrence. Désolé, messieurs les idéologues, mais les résultats de votre système sont trop catastrophiques pour se laisser impressionner plus longtemps par vos invectives.

Je comprends la frilosité des enseignants et des directeurs d'établissement qui ne souhaitent pas le chèque-éducation; la concurrence n'est pas faite pour améliorer leur confort, elle profite au récipiendaire du service. La Commission européenne veille avec zèle à maintenir la concurrence dans tous les domaines, au bénéfice du consommateur, et l'on voudrait nous convaincre que cette même concurrence serait néfaste dans l'enseignement ?

En somme, deux systèmes éducatifs s'opposent : soit un modèle qui impose, au mépris du souhait des parents et toujours prétendument pour le bien des enfants, soit un système qui n'a pas la prétention de savoir ce qui est bon pour tous et qui permet le libre choix des parents, des enfants et des écoles elles-mêmes. Vu l'essor de l'enseignement libre, la population tourne manifestement le dos au premier système.

Personne n'a le monopole de la définition d'un enseignement de qualité. Raison de plus pour rendre l'offre d'enseignement sur le terrain aussi diverse et flexible que possible, afin qu'elle s'ajuste aux souhaits des parents et aux besoins des enfants.

Monsieur Rudy Demotte s'est inspiré du système néo-zélandais dans le cadre de sa précédente fonction. Je l'invite donc à conseiller à sa collègue de la Communauté française Marie Arena de chercher de l'inspiration dans le modèle éducationnel "kiwi", qui applique avec succès le chèque-éducation.