Ce 20 mai, en compagnie de 200 autres catholiques, nous avons introduit une requête au conseil d’état pour faire annuler l’interdiction des cultes en vigueur en raison du nouveau coronavirus.

Une opinion de Joseph Junker, père de famille et porte-parole francophone du groupe de jeunes catholiques, qui a introduit le recours en annulation au conseil d’état.

Comme tout honnête citoyen, il n’est pas dans mes habitudes d’ester en justice, encore moins contre le gouvernement de notre pays. Bien-sûr, nous reconnaissons qu’une situation extraordinaire requiert des mesures extraordinaires. (Les évêques, avaient d'ailleurs introduit des restrictions… avant même que le gouvernement ne s’en mêle).

Mais à présent, c’en est assez !

Nous ne sommes plus aujourd’hui dans une situation qui justifie d’interdire une liberté aussi importante que la liberté de culte. Jugez-en : Depuis le 14 mars, et au moins jusqu'au 30 juin, les eucharisties, les baptêmes, le sacrement de réconciliation, les mariages et enterrements à plus de 15 - et depuis peu 30 personnes - sont interdits en Belgique. Dans le même temps, depuis 2 semaines, Ikea peut accueillir 600 personnes, les parcs zoologiques, les musées, le marché au poisson, les coiffeurs et les magasins de vêtements sont autorisés à rouvrir. Enfin, à l’heure où j’écris ces lignes, nous fêtons la fête de l’ascension, en vertu de laquelle chaque citoyen belge a reçu un jour férié. Très logiquement, le gouvernement a donc octroyé le droit… de se rendre dans sa résidence secondaire à la côté. Les églises quant à elles resteront vide.

Pour un croyant et catholique, il n’est rien de plus important que la Foi et les sacrements. Ils illuminent sa vie, le rendent une personne meilleure et l’inspire au service des autres (comme le témoignent les nombreux hôpitaux, écoles et œuvres catholiques dans notre pays).

Face au mépris : la justice

Certes, les chrétiens ne sont plus très en vogue et même parfois conspués. Certes, notre élite qui se pense volontiers laïque, libérale, éclairée et « neutre » n’a guère d’égard pour le culte. Néanmoins, à l’heure où il est permis de se déplacer pour voir une girafe, un meuble bon marché ou un mobile de Koendelietzsche mais pas l’eucharistie, on se demande bien ce que les catholiques ont fait pour mériter pareil mépris de leur droit constitutionnel. Cette décision, justifiée un temps, est devenue injuste, disproportionnée, mais aussi carrément paternaliste : les catholiques ont en effet prouvé être parfaitement capables de prendre eux-mêmes des mesures de protection, et d'organiser des célébrations eucharistiques de manière sûre.

Bien sûr, tout chrétien qui prend sa foi et les béatitudes au sérieux supportera le cœur léger l’humiliation, mais il n’en renoncera pas à sa soif de Justice pour autant. Aussi avons-nous choisi de nous défendre auprès du conseil d’état. Un recours au conseil d’état n’est une agression pour personne, il dit simplement le droit. C’est l’organe approprié pour mener ce débat, et ensuite de corriger dans la paix se qui doit l’être. Point besoin de bombe, ni de revanche mal placée ni même de manif : la Justice nous suffit.

Qu’est-ce qui est le plus important au fait ?

Ce n’est pas un indépendant comme moi qui niera que le commerce est une chose importante. Tout comme d’ailleurs le droit à la propriété, fût-elle de babys-boomers fortunés. Mais ce que révèle un temps de crise tel que celui que nous connaissons, ce sont ses priorités, ses valeurs fondamentales. Ce qu’il considère comme le plus important. Est-ce donc le commerce, ou les libertés du citoyen, comme par exemple la liberté de culte, garantie par notre Constitution (art. 19) et la Convention européenne des droits de l'homme ? Pour nous, sans aucun doute, ce sont les libertés du citoyen. Les pays où il en va autrement sont fort nombreux sur cette planète et ce ne sont pas des endroits où vous et moi avez envie de passer vos vacances, et encore moins le reste de votre vie. Pour cette raison, le Conseil d’état et la Cour suprême de plusieurs états ont d’ailleurs jugés ces interdictions du cultes complètement illégales.

La constitution a été écrite par deux types de personnes : ceux qui croyaient au ciel et qu’il n’est rien de plus important que le baptême, et ceux qui n’y croyaient pas et pensaient qu’il ne s’agit que de verser un verre d’eau sur la tête d’un enfant. Ensemble, ils ont alors convenu que les seconds ne pouvaient être forcés de faire ce que les premiers trouvaient important (art. 20) ; mais aussi que jamais les premiers ne pourraient en être empêchés par les seconds, ceux qui jugent que ce n’est pas important (art. 19). En d’autre termes, la constitution a été écrite pour empêcher l’État de faire ce qu’il est précisément en train de faire : décider à la place du citoyen ce qui est important, inféoder à la loi économique les droits fondamentaux qu’il a arbitrairement déclaré mineurs, allant même jusqu’à la prétention ridicule de décider à notre place les sacrements qui méritent d’être célébrés (le mariage) plutôt que les autres (l’eucharistie et le baptême notamment).

Le monde que je souhaite pour mes enfants

Vous pourriez ne voir dans notre demande qu’une protestation d’enfants gâtés, habitués à être traités mieux que les autres. Vous me pardonnerez j’espère cet émotif exposé de mon sentiment, mais je vais vous donner un exemple personnel récemment vécu, qui je l’espère vous donnera la mesure des conséquences de cette interdiction sur ce que nous vivons. Il se trouve qu’il y a deux semaines, je me trouvais à un enterrement. D’un enfant. Avec (plus ou moins) 15 personnes, comme les règles en vigueur d’alors le préconisaient. Ce genre d’enterrement où dorénavant vous croisez devant l’église des amis de longue date qui « passent par hasard », les yeux embués de ne pouvoir apercevoir que de loin le petit catafalque enfermant un bébé qu’ils ne verront jamais, et ses parents qu’on prétends nous empêcher de serrer dans nos bras. Le même jour, à quelques encablures, l’Ikéa d’Hognoul ouvrait ses portes, et si ce petit cercueil blanc y avait été posé sur une table ONTÄNGSAM® ou NORDVINKEN®, des centaines de personnes auraient pu lui rendre un dernier hommage. Dans un espace à peine plus grand que la cathédrale de Liège.

Ce jour-là, après être rentré chez moi, je me suis demandé à quoi il servait bien de vivre si c’était pour mourir ainsi, bien-meublé à prix modéré mais tout seul, et qu’il s’écoulera encore des semaines avant que nous puissions célébrer ne fût-ce qu’une messe des morts pour cet enfant qui m’est cher, ou encore le baptême de ma fille. Ce n’est pas la société que je souhaite pour mes enfants. Constatant que je n’étais pas le seul à penser ainsi, j’ai contacté un avocat.

La liberté de tous

Je terminerai avec ceci : je ne peux m’empêcher de relever que nous avons été fort nombreux ces derniers mois à nous étonner du manque total de protestation face à des limitations des libertés d’une ampleur inédite. Plus de cultes, de réunions (de famille ou non), de liberté de se déplacer et j’en passe ! Pire, l’Etat semble aujourd’hui s’arroger le droit de décider lui-même ce qui est important pour les citoyens. Dorénavant, au nom du dogme santé, il décide du bien et du mal… parfois au dépens de la constitution ! Peut-être êtes-vous de ceux qui s’en félicitent et que notre initiative irrite. Pour ma part, si cette dérive se poursuit, j’espère que l’Histoire se rappellera que les seuls à s’être révoltés sont une poignée d’étudiants et jeunes parents catholiques, qui ont pris sur leur temps d’étude et ce qui restait de leurs nuits pour défendre ce qui pour eux avait le plus d’importance.

Ultime preuve si besoin en était que la Foi est bien, quoi qu’on en dise, un lieu de liberté.