Une opinion de Patrice d’Oultremont, président de l'ASBL "Vent de Raison –Wind met Redelijkheid" VZW.

Le projet d’Elia a pour but de fournir à Courcelles en 2030 une puissance électrique de 6 GW (l’équivalent de cinq centrales nucléaires du type Tihange 3) capable d’injecter dans les réseaux de Wallonie une capacité énergétique de 40 TWh/an, soit près du double de la consommation de la Wallonie en 2019. De plus, cette électricité sera majoritairement "verte" car produite par les champs éoliens de la mer du Nord (Belgique, Angleterre, Hollande, Danemark).

Cette réaction du Parlement wallon au projet d’Elia est profondément inquiétante. En effet :

  • Les représentants des partis de la majorité démontrent qu’ils sont déconnectés de la réalité du domaine de l’énergie en réagissant d’une manière aussi "naïve".

  • Alors que le projet d’Elia, de notoriété publique, est en préparation depuis de nombreux mois, comment la Commission parlementaire de l’Energie peut-elle expliquer son silence?

  • Même question au Ministre Henry.

  • Tout ce monde est-il à ce point focalisé sur la sortie du nucléaire qu’il perd ou refuse toute perception de l’ensemble de la problématique de la transition énergétique ?

Si l’on veut bien se rappeler que l’enjeu majeur est la réduction de l’émission de CO2 par kWh consommé, on constate que ce critère est absent des réflexions politiques connues du public. On ne le voit nulle part pris en compte par les décideurs politiques, analyse objective et opposable à l’appui. Bien plus, le citoyen est privé de l’indispensable information factuelle parce que ces décideurs évitent, semble-t-il, de comparer sur base de ce critère essentiel les options de transition énergétique qui sont techniquement et économiquement ouvertes.

Cette situation, dangereuse pour l’avenir de la Wallonie et de la Belgique, génère dans l’immédiat des conséquences néfastes.

  • Le Parlement wallon, dans sa motion du 18 novembre 2020, somme Elia de s’expliquer au plus tard en septembre 2021. Or ce projet est un élément crucial pour l’avenir énergétique de la Wallonie suite à l’arrêt des centrales nucléaires wallonnes. Pourquoi un délai de dix mois alors que le projet est connu et prêt et qu’Elia sait parfaitement ce qu’il souhaite faire ?

  • Le Ministre Henry annonce par ailleurs un grand débat "citoyen" concernant le plan wallon "air-climat 2030" durant le premier semestre 2021. Mais le délai de dix mois donné à Elia exclut de facto de ce débat le projet "Boucle du Hainaut". Pour quelle raison ? Pourquoi une telle incohérence de calendrier ?

  • La difficulté des gouvernements successifs (fédéraux et régionaux) à prendre une décision sur une date ferme et irrévocable de sortie du nucléaire en dit long sur la problématique de l’arbitrage politique entre la peur du nucléaire et la peur du changement climatique alors que le critère prioritaire (la réduction des gaz à effet de serre) est passé sous silence.

Gouverner sous la pression de deux peurs que l’on a soi-même fomentées et continue à alimenter est manifestement déraisonnable. Poursuivre dans cette pratique délétère est irresponsable.