Une lettre de Jacques Liesenborghs, ancien sénateur, à Sammy Mahdi (CD&V), secrétaire d’Etat à la Migration.

Monsieur,

A lire vos réponses aux questions des journalistes dans La Libre ce samedi 24 octobre, je ne peux vous cacher ma profonde déception. Bon, je vous concède franchise et cynisme quand vous avouez qu’il s’agit de reconquérir les électeurs du Vlaams Belang. En ajoutant : "Cela ne veut pas dire qu’il faut suivre la politique de ce parti". Encore tout et son contraire. D’autant qu’à vous lire attentivement, vous vous engagez à faire "mieux" que Franken auquel vous reprochez de n’avoir pas été assez ferme !

Et voilà que dans les premières mesures que vous annoncez figurent l’ouverture de nouveaux centres fermés et la possibilité de recourir aux "visites domiciliaires" qui avait été sérieusement envisagée par le gouvernement Michel et ensuite abandonnée par ce gouvernement qui comptait pourtant Franken dans ses rangs. Vous allez encore plus loin dans l’inhumanité quand vous dites : "Il est impossible pour moi, et pour n’importe qui, de faire venir 150 personnes du camp de Moria sans s’assurer que les personnes qui n’ont pas le droit de rester chez nous aient bel et bien quitté le territoire". Ils peuvent attendre longtemps, très longtemps les "internés" de Moria (12 700 réfugiés dont 4 000 enfants survivant dans une promiscuité et une insalubrité inimaginables). Moria, le symbole d’une civilisation qui trahit ses valeurs fondamentales : hospitalité et secours à toute personne en danger de mort. "La honte de l’Europe" (Jean Ziegler).

L'exemple du Pape François

Encore un gauchiste, un bobo francophone qui n’y connait rien. Un donneur de leçons. Ne parlons pas de moi, mais de quelqu’un qui devrait inspirer le membre d’un parti démocrate-chrétien que vous êtes et tout défenseur des droits humains : le Pape François. Dans sa récente encyclique Fratelli tutti, il traite longuement des migrations. Quelques extraits qui vous donneront à réfléchir, j’espère :

"Les migrations constitueront un élément fondamental de l’avenir du monde. Mais, de nos jours, elles doivent compter avec la perte du ‘'sens de la responsabilité fraternelle’', sur lequel est basé toute société civile."

Et plus loin : "Il faut respecter le droit de tout être humain de trouver un lieu où il puisse non seulement répondre à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille, mais aussi se réaliser intégralement comme personne. Nos efforts vis-à-vis des personnes migrantes qui arrivent peuvent se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer."

Et enfin : "Cela implique des réponses indispensables, notamment face à ceux qui fuient de graves crises humanitaires. Par exemple : augmenter et simplifier l’octroi des visas, adopter des programmes de parrainage privé et communautaire, ouvrir des couloirs humanitaires pour les réfugiés les plus vulnérables, offrir un logement approprié et décent, garantir la sécurité personnelle et l’accès aux services essentiels, assurer une assistance consulaire appropriée, garantir leur droit d’avoir toujours des documents personnels d’identité, un accès équitable à la justice, la possibilité d’ouvrir des comptes bancaires et d’avoir ce qui est essentiel pour leur subsistance vitale, leur donner la liberté de mouvement et la possibilité de travailler, protéger les mineurs et leur assurer l’accès régulier à l’éducation, envisager des programmes de garde provisoire ou d’accueil, garantir la liberté religieuse, promouvoir l’insertion sociale, favoriser le regroupement familial et préparer les communautés locales aux processus d’intégration".

Rien de tout cela n’est assuré à Moria et vous le savez très bien, Monsieur. Tous vos collègues du gouvernement aussi.

Les dernières lignes du Pape François traduisent en décisions politiques très précises les grandes valeurs de notre civilisation et les mesures qui doivent en découler. C’est ce langage et ces pratiques qu’on est en droit d’attendre d’un ministre et d’un gouvernement "civilisé".

Je ne doute pas que vous prendrez le temps de lire dans son entièreté ce texte fort qui ne devrait laisser personne indifférent.

Le titre est de la rédaction