Une opinion d'un groupement de plus de 100 signataires issus de la société civile. Retrouvez la liste complète des signataires au bas de l'article.

Pas moins de 140 000 jeunes par an en France, 100 000 en Allemagne, 40 000 en Italie… les programmes de Service Citoyen ont le vent en poupe en Europe.

Rien d’étonnant à cela : ces dispositifs, qui proposent aux jeunes de tous horizons de s’engager volontairement six à douze mois à temps plein dans des projets d’intérêt public (tout en bénéficiant de formations citoyennes, d’indemnités, d’un statut et de droit sociaux), obtiennent des résultats remarquables en termes d’émancipation de la jeunesse, de cohésion sociale et de renforcement du vivre ensemble.

Les principes actifs au cœur de ce succès sont l’apprentissage par l’expérience, la mixité socioculturelle, l’engagement citoyen et la convivialité. En permettant aux jeunes de donner ensemble le meilleur d’eux-mêmes, le Service Citoyen constitue un puissant outil de maturation qui les porte à s’affirmer comme des citoyens proactifs et responsables. Il est aussi l’opportunité pour eux de développer des compétences humaines telles que le leadership, la communication et le travail d’équipe, qui sont si recherchées sur le marché de l’emploi.

Un puissant levier d’insertion

Ouvert à tous sans distinction, le Service Citoyen permet au jeune sorti de l’école de clarifier son projet d’avenir, à l’étudiant d’acquérir une première expérience pratique et au jeune en décrochage de se reprendre en main. Pour les jeunes fragilisés, désaffiliés ou primo-arrivants, il constitue un puissant levier d’insertion ouvrant de nouveaux horizons au-delà de la famille ou du quartier. Pour tous, il est l’occasion de se rencontrer et de nouer des liens.

Un coup de pouce pour la démocratie

Au niveau sociétal, le Service Citoyen répond à plusieurs enjeux contemporains tels que la sensibilisation aux valeurs démocratiques, aux bienfaits de l’État de droit et au développement d’un “être au monde” plus altruiste. Plusieurs évaluations de ces programmes montrent qu’ils contribuent au développement de l’esprit d’entreprendre, retissent la confiance dans les Institutions, promeuvent l’accès aux droits fondamentaux et l’égalité des chances, luttent contre les discriminations et les radicalismes… De manière générale, ils atténuent le délitement du lien social et, indirectement, les comportements inciviques.

La Belgique mauvaise élève

En Europe, la Belgique est le parent pauvre en matière de Service Citoyen. Organisé depuis dix ans par la Plateforme pour le Service Citoyen/Platform voor de Samenlevingsdienst, il s’est bien développé ces dernières années, mais avec moins de 500 jeunes par an, il n’atteint encore qu’une infime proportion des jeunes engagés par ses voisins. Ceci alors qu’il a une fois de plus montré toute sa pertinence au cours de la crise du coronavirus et que le Service Citoyen néerlandais (Maatschappelijke Diensttijd), né il y a à peine deux ans, copié à l’identique sur le modèle belge et coaché par la Plateforme, est quant à lui soutenu massivement par le gouvernement néerlandais et touche déjà annuellement 2500 jeunes… Un soutien et une reconnaissance dont nous aimerions bénéficier dans notre propre pays !

Un enjeu capital

Toutefois, la Belgique n’est pas vouée à l’immobilisme. À l’heure de la formation d’un nouveau gouvernement fédéral, une opportunité sans précédent se dessine. En effet, les sept partis autour de la table, si divergents sur tant de points, se sont tous positionnés en faveur de l’instauration d’un Service Citoyen volontaire en Belgique. Il s’agit dès lors de cesser de voir le Service Citoyen comme une charge (ce qu’il n’est d’ailleurs pas : plusieurs études montrent que pour chaque euro investi, il en rapporte deux à la collectivité), mais au contraire comme un projet de société singulièrement porteur et rassembleur pour tout le pays.

Nous, Plateforme pour le Service Citoyen, membres de son Comité de Soutien, recteurs d’université, professeurs, entrepreneurs, membres de la société civile, citoyens engagés, demandons aux mandataires politiques de ce pays d’inscrire l’instauration du Service Citoyen dans le nouvel accord gouvernemental, de créer un cadre légal et d’affecter un budget significatif à son déploiement à grande échelle en Belgique.

Il s’agit d’un enjeu capital : reconnaître le talent de chaque jeune, le soutenir et réinventer, par la base, un vivre ensemble fondé sur une citoyenneté moderne, active et solidaire.

Liste complète des signataires :


Titre de la rédaction. Titre original : "De la nécessité du Service Citoyen".