"Porter le masque n’est pas une décision politique, c’est une nécessité absolue" nous dit-on. Il n'y a pas à discuter, c'est la science, aussi sûr que deux et deux font quatre. En bons hérauts de la science, c’est donc bien le rôle des virologues de nous le rappeler à grand renfort de tweets. Enfin... depuis juin seulement. Avant cela, la science était que le port du masque "n'était pas nécessaire". Ou encore : pas vraiment utile... voire anxiogène. Au plus fort de l'épidémie, le masque n'était d’ailleurs obligatoire nulle part. Quoi, mauvais esprit, moi ? La science évolue ? Ne fallait-il pas adapter la science... (pardon : le discours) à la réalité, c’est-à-dire que nous n’avions pas de masques à l’époque ? Et bien, c'est tout le problème en effet. Si la réalité d'il y a 4 mois commandait le discours que Manu, Marc, Erika et consorts nous prêchaient drapés des atours de "la science", n'est-il pas légitime de se demander quelle réalité guide à présent "la science" prêchée aujourd'hui ?

Suis-je pour autant opposé au port du masque ? Non, s'il est appliqué de manière coordonnée, cohérente, généralisée et proportionnelle. Conditions qui – en partie grâce à nos virocrates - n'ont été réunies à aucun stade de l'épidémie. Il paraît que cette pensée fait de moins un jeune imbécile auprès des vieux cons. Ce qui à dire vrai ne me déplaît qu'à moitié.

Je ne supporte pas qu'on s'adresse à moi comme à un gosse

Mais ce n'est pas le seul motif pour lequel les virocrates me "saoulent grave". N’êtes-vous pas vous aussi fatigué de ces espèces de Saint-Nicolas de pacotille venues nous expliquer d'un ton condescendant qu'il faut bien être sage... pardon : "appliquer les gestes barrières" ; que nous ne nous sommes pas comportés comme il le faut ces dernières semaines ; que Maman Sophie aurait dû nous punir plus fort ; que Sinterklaas alias Marc Van Ranst est "fier de nous" parce que nous avons été tranquilles à Pâques, et j’en passe ... S'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est qu'on s'adresse à moi comme à un gosse. J'ai en effet la faiblesse de penser qu'à force de s'adresser à ses concitoyens sur un ton mi-doucereux, mi-réprobateur comme on le ferait à un petit garçon, ceux-ci finissent par se comporter comme tels.

Comment ne pas être irrité également de voir ces personnalités surexposées utiliser à mauvais escient cette tribune qui leur est offerte ? Si le virologue tire sa légitimité de sa connaissance durement acquise, c'est au service de cette dernière qu'il doit se mettre, ni plus... ni moins. Ils ne sont ni des hommes politiques élus, ni des journalistes, ni des rock-stars engagées. En quoi nos virocrates font-ils donc preuve de révérence à la Science lorsqu'ils déclarent que les personnes de droite suivent moins bien les consignes et que c'est une forme de sélection naturelle ? Ou qu'ils seront "fiers du virus" s'il venait d'aventure à faire tomber un homme politique qui nous déplaît ? Ou encore en affirmant haut et fort les manifestations qui à leur sens sont dignes d'être maintenues ou non, choix politique par excellence ? Points de vue qui plairont aux nombreux citoyens qui les partagent, bien sûr, mais comment à présent distinguer le propos scientifique du propos politique lorsque par exemple des virologues incitent à présent ouvertement l'état à jouer la carte répressive ?

Motif supplémentaire de coup de gueule : il m’insupporte profondément qu’au motif d’une urgence, on prétende régler les moindres aspects de ma vie au moyen de règles devenues absurdes à force d'être illisibles, incompréhensibles et inconstantes, autant que ridiculement détaillées. Depuis les concepts de bulles à peu près aussi clairs que la structure de l'Etat belge jusqu’aux codes couleur sortis de l'imagination surréaliste de zélés communicants ministériels, quel imbroglio ! Ajoutons ces arrêtés royaux inutilement pointilleux, issus d’ardues négociations entre virocrates et responsables sectoriels, allant jusqu'à spécifier dans quels lieux l'usage des toilettes est permis et quels objets peuvent être utilisés ou non... Toutes mesures où le grotesque le dispute à l’incohérence, que nous sommes priés d'accepter à grand renfort de com’ au nom de la solidarité, de l’urgence et… de la science. Ici encore, l’option subsidiaire de considérer le citoyen comme un être doué de discernement ne semble pas constituer une véritable piste de réflexion.

A quel moment ?

Ô pauvre science, que de crimes tes serviteurs n'ont-ils pas commis en ton nom !

Enfin, ce qui est par-dessus tout révoltant, c'est de s'entendre dire d’un ton docte ce qui adviendra de notre vie. Aucune légitimité démocratique, mais apparemment bien celle de nous enjoindre de se préparer à changer de vie, le pouvoir de décréter que ce fantasme hygiéniste que nous vivons depuis quatre mois demeurera notre nouvelle réalité à des degrés divers, que nous le voulions ou nous. Pourtant, à quel moment avons-nous posé ce choix qu’il semble aujourd'hui impensable, égoïste, iconoclaste, de remettre en question ?

A quel moment avons-nous décidé que mettre 11 millions de personnes pendant 4 mois en liberté restreinte (soit l’équivalent de 180.000 condamnations à perpétuité) était une nécessité indiscutable et proportionnée ? A quel moment avons-nous été consultés sur le fait de savoir si ce monde était bien celui que nous voulions pour nos enfants, quand bien-même cela serait le prix de notre espérance de vie préservée ?

A quel moment avons-nous décidé qu’il n'était rien de plus important que la vie au sens strictement biologique du terme, aux dépens de toute autre considération de la vie humaine ? Ensuite, même si sur ce point précis les virologues ne sont pas fautifs : à quel moment avons-nous décidé que la vie économique serait une activité prioritaire, au dépens de nos familles, nos amis et nos libertés civiles ?

Mourir libres

Si la virocratie a obtenu une telle puissance, si le monde économique est si bien servi après la santé, c’est parce que nous avons peur. Peur panique de perdre notre santé, notre vie biologique. Peur panique de perdre nos biens matériels. Les deux grandes valeurs somme toute que nous laisse notre philosophie matérialiste. Pour ma part, je ne partage pas cette vision. Je n'ai pas peur de mourir, je n'ai pas peur que nous perdions de l'argent, et je fais partie des personnes qui pensent que la santé et l'argent ne sont pas des impératifs absolus. Importants certes, mais relatifs à d'autres choses que j'estime bien plus absolues.

Pour faire court, il semble normal aujourd'hui que nos anciens meurent le plus vieux et le plus riche possible. Grand bien leur fasse, et nos pieux virocrates sont prêts à les y aider ! Pour ma part, je souhaite pour moi-même et mes proches de mourir… entouré de l'immense bulle de ceux qui nous aiment, et surtout… libres.

Pour moi et ces personnes, le monde prêché par les virocrates n'a rien de scientifique. C'est un cauchemar qui se nourrit de notre angoisse et des valeurs étriquées de notre temps. Il est temps que ce message soit entendu.

Ce texte est une réaction à la réflexion publiée le 11 juillet en page Débats "Lettre ouverte aux jeunes imbéciles qui prennent le coronavirus pour un problème de vieux cons"