Jeannot Kabuya, pourquoi manifestez-vous si violemment dans le quartier d’Ixelles dit Matonge contre des résultats d’élections qui ont lieu au Congo ?

Parce que si Kabila est maintenu au pouvoir au Congo, c’est grâce au soutien de la communauté internationale. La Belgique y a une influence importante : c’est elle qui a mis le Congo à l’agenda européen et qui décide, officieusement, qui doit diriger le Congo. Aujourd’hui, elle soutient le pouvoir en place. Marie Arena qui déclare que les élections se sont correctement déroulées en est un exemple. La violence ? Toutes nos manifestations précédentes étaient calmes. Mais des provocations policières ont amené les débordements des jeunes ces derniers jours. Depuis, l’appel de Bea Diallo au dialogue a porté ses fruits. Maintenant allez voir les images sur mon blog, ce mouvement de contestation est devenu international et la diaspora congolaise manifeste aussi en Australie, en Afrique du Sud, au Danemark, aux Pays-Bas, au Canada, aux Etats-Unis

Est-ce l’UDPS, le parti de Tshisekedi, qui est derrière ?

Non, ce n’est pas la voix des pro-Tshisekedi, nous ne sommes pas membres de l’UDPS, nous nous appelons les "combattants". Classes sociales et tendances politiques mélangées, nous sommes la voix de tous les Congolais d’origine qui ne supportent plus de voir l’état dans lequel est le Congo aujourd’hui. Les élections étaient notre espoir. Mais les tricheries les ont transformées en un vrai hold-up électoral, dénoncé d’ailleurs par le Centre Carter sur place.

Que reprochez-vous au président Kabila ?

Il a trahi le peuple et les intérêts congolais. De nombreux étrangers dirigent (service de renseignements, police ) et pillent le pays alors que les Congolais sont maltraités à coup de menaces, vols, viols et assassinats. Les bénéfices des contrats industriels et de l’exploitation des ressources profitent aux étrangers et les habitants du Congo ne survivent que grâce à l’argent envoyé par la diaspora. Voilà pourquoi nous, qui sommes leur porte-voix, essayons de sensibiliser l’opinion publique occidentale trompée par les dirigeants belges et français qui veulent maintenir Kabila.

Pourquoi certains manifestants s’en prennent-ils aux médias occidentaux ?

Depuis l’assassinat à Kinshasa le 2 octobre 2010 du Bruxellois Armand Tungulu qui avait caillassé la voiture du président Kabila, les Congolais manifestent ici et dénoncent régulièrement les violations des droits de l’homme et la mauvaise gouvernance au Congo. Mais la presse belge s’en moque sauf s’il y a de la casse. Quand je dis la presse, c’est surtout les télés et radios francophones et particulièrement la RTBF, très complaisante avec le pouvoir Kabila. Heureusement qu’il y a les médias flamands pour enquêter au Congo et dénoncer les tueries.

Croyez-vous qu’à l’instar de la Tunisie, le peuple congolais va se soulever contre le pouvoir en place ?

Oui, c’est une question de jours. Tous les Congolais, du pays ou de la diaspora, veulent un changement. Aujourd’hui, il est incarné par Tshisekedi. C’est notre seule chance. Toutefois, à la différence de la Tunisie ou de la Libye, la communauté internationale continue à soutenir Kabila malgré les crimes contre son peuple. Aucun reproche ne lui est fait alors que l’armée occupe les villes après les élections. Selon mes informations, des mercenaires venus d’Angola, du Rwanda et d’Ouganda sont arrivés à Kinshasa. Qui va réagir ?

Tshisekedi a appelé au calme. En Belgique aussi ?

La diaspora congolaise se sent bafouée. Un peu à l’image des Palestiniens, elle pourrait commettre des actes désespérés pour se faire entendre et interpeller la communauté internationale.