Une opinion de Myriam Martin, citoyenne.

Pourquoi donc nos politiques gomment-ils à ce point la dimension religieuse ou spirituelle des citoyens qu’ils représentent ? On ne leur demande pas de la souligner, ni de la mettre en gras, mais nous ne leur demandons pas non plus de la gommer ! A force de l’ignorer, de la refouler, voire de la nier, comme une balle au fond de la piscine, elle risque de remonter à la surface d’une manière incontrôlée et de causer des dégâts qui peuvent avoir de très lourdes conséquences. Quand "le religieux" s’invite à la une des informations, c’est malheureusement trop souvent dans des circonstances dramatiques.

Nous vivons dans une société très sécularisée. Cette sécularisation progressive était certes nécessaire et on voit bien que plusieurs pays qui n’ont pas emprunté cette voie ne sont pas des modèles de démocratie. Mais faut-il pour autant que cela conduise à une situation extrême dans laquelle nous risquons de nous enfoncer : la négation totale de la dimension religieuse de la vie ou de la dimension religieuse de la culture ?

Deux exemples

Prenons deux exemples d’actualité pour concrétiser mon propos.

La gestion de la pandémie a amené les autorités publiques à prendre des mesures inédites dans les différents secteurs de la vie sociale, cherchant à ce qu’elles soient les plus adaptées possible à la situation, en vue de protéger les citoyens. La tâche est certes très délicate et les critiques sont faciles. Dans ce contexte, les autorités des différents cultes ont d’emblée manifesté collectivement leur intention de rester en dialogue avec les responsables politiques pour gérer en bonne intelligence avec eux ce qui relève de leur secteur : les cultes. Leur déception d’abord contenue s’est progressivement renforcée devant ce constat : aucune des déclarations officielles du Conseil National de Sécurité, à l’issue des débats difficiles qui l’ont animé, déclarations tant attendues par les citoyens, n’ont fait mention des mesures prises pour les cultes. Particulièrement sévères dans ce secteur, elles n’ont pas fait l’objet des justifications attendues légitimement par les citoyens dans les médias les plus suivis. Même l’approche de la fête de Noël, une des plus célébrée par les chrétiens n’y a rien fait : pas plus de quatre personnes dans les églises, sans plus de justification. Il a donc fallu que les cultes s’en réfèrent au Conseil d’état pour se faire entendre. Voilà une première illustration du gommage de cette dimension de la vie.

Le débat qui s’ouvre à nouveau sur le terrain de l’école au sujet du cours de philosophie et de citoyenneté dans le réseau officiel et qui amène de façon corolaire la question des cours de religion en est une deuxième illustration. Comment nier l’importance d’une éducation à la philosophie et à la citoyenneté ? Les raisons de développer cette dimension de l’éducation sont évidentes. Je ne vais pas les reprendre ici. Mais pourquoi faut-il que ce soit au détriment ou en concurrence avec les cours de religion ? Est-ce cela que demandent les citoyens ? N’y aurait-il pas justement une nécessité d’articuler ces approches plutôt que de les dissocier ? Les parents continuent massivement (aux alentours de 80%) à choisir d’inscrire leur enfant dans un des cours de religion ou au cours morale plutôt que de les dispenser de cette heure pour une deuxième heure de cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté. Par ailleurs, plus de la moitié des élèves de la communauté française sont inscrits dans une école catholique qui organise deux heures de religion. Comment une majorité des partis qui nous représentent y lisent-ils un signal en faveur d’une diminution, d’un glissement hors de la grille des cours obligatoires, voire d’une suppression de ces cours ?
Est-ce parce que certains laïcistes crient plus fort que les autres ou actionnent plus habilement leurs réseaux d’influence ? Il y a des raisons de le penser.

Est-ce parce que nos hommes et nos femmes politiques sont entrainés malgré eux dans ce processus de sécularisation extrême qui fait oublier cette dimension de la vie pourtant constitutive de l’être humain ? Il y a aussi des raisons de le penser.

Etre attentif à l’existence de la dimension spirituelle

Comme citoyenne, je demande à nos représentants politiques d’être attentifs à toutes les dimensions de l’existence de la personne humaine, y compris sa dimension spirituelle. J’espère que mes petits-enfants qui commencent leur parcours scolaire, l’une dans l’Officiel, l’autre dans l’Enseignement catholique, auront la chance de bénéficier d’un cours de religion, espace de recherche de sens et de dialogue sur les grandes questions que pose la vie. J’espère que grâce à des professeurs qualifiés et compétents, ils pourront y développer une approche critique de leur religion ou des religions, qu’ils y acquerront une culture du dialogue qui leur donnera des clés pour le vivre ensemble dans une société riche par sa diversité. La Belgique dont la capitale, Bruxelles, est la deuxième ville la plus cosmopolite au monde est observée par d’autres pays. Sa manière d’intégrer dans le cursus scolaire la dimension religieuse de l’éducation dans l’ouverture à la diversité des cultes, même si cela présente des difficultés d’organisation, apparait comme un exemple d’inclusion des diverses communautés. Il faudra certainement veiller à faire évoluer ces cours vers davantage d’occasions de développer une culture du dialogue entre eux. Les reléguer ou les supprimer serait aller à contre-sens de l’histoire de nos sociétés.