Une chronique de Myriam Tonus.

Voir l’homme comme supérieur à la femme est inacceptable. Mais placer la femme sur un piédestal peut devenir un piège : celui de ne jamais lui permettre d’être simplement "côte à côte". 

Il faudrait être de mauvaise composition - ou de mauvaise foi - pour s’en plaindre lorsqu’on appartient à ce genre : l’attention portée aux femmes semble désormais de mise. Ceci dit, et sans suspecter le moins du monde l’authenticité de cet engouement, on se rappellera quand même qu’il s’inscrit dans une histoire déjà longue, écrite par des générations de femmes qui jamais ne se sont résignées à n’être que le "sexe faible", "produit d’un os surnuméraire", comme le qualifiait (in)élégamment Bossuet. Si les jeunes femmes peuvent aujourd’hui défiler en arborant la photo d’un clitoris, c’est parce que, dès le début du XIXe siècle, des "suffragettes" défilèrent pour réclamer le droit de vote. C’est parce que leurs grands-mères soixante-huitardes ont forcé les portes closes du langage qui interdisait que l’on nomme ces "parties honteuses", carrément ignorées d’ailleurs par nombre d’entre elles. Mais ne boudons pas notre plaisir : chaque pas fait vers une plus grande reconnaissance de l’égalité entre femmes et hommes est un progrès.

Pour autant faut-il, comme c’est trop souvent le cas de nos jours, penser dans l’excès, lequel finit souvent par verser dans l’insignifiance ? L’autre matin, lors d’une séquence radio consacrée au nombre très faible de femmes engagées dans le corps des pompiers, un homme parmi les intervenants lâcha ce cri du cœur : "Oui, j’aimerais vraiment pouvoir bénéficier de la plus-value qu’apporterait une femme pompier !" Allons bon… J’avoue ne pas percevoir clairement en quoi le fait d’être sauvé des flammes par une femme changerait quoi que ce soit. Serait-ce le fantasme de sortir du brasier porté par des bras féminins (cas au demeurant peu probable, puisque les femmes ont une force physique généralement un peu moins importante que celle des hommes) ?

Passons aussi sur l’argumentaire du pape François, qui, comme ses prédécesseurs, essentialise la nature féminine pour lui refuser l’accès au ministère presbytéral : "Cette vision […] conduirait à cléricaliser les femmes, diminuerait la grande valeur de ce qu’elles ont déjà donné et provoquerait un subtil appauvrissement de leur apport indispensable." Trop belles pour ça, si l’on comprend bien… Louer le "génie féminin" (autre expression très prisée des documents romains depuis Jean-Paul II), si l’on y pense, ce n’est pas très fraternel envers tous ces prêtres qui échappent au cléricalisme !

La mixité qui enrichit

Considérer l’homme comme supérieur à la femme est inacceptable. Mais placer la femme sur un piédestal est une promotion qui peut se faire piège redoutable : celui de ne jamais lui permettre d’être simplement "côte à côte" - c’est d’ailleurs en ce sens, cher Jacques-Bénigne Bossuet, qu’il convient d’entendre le récit de la création d’Ève… Et, personnellement, je serais ravie de voir s’accroître le nombre d’hommes instituteurs maternels, puériculteurs, gardiens d’enfants ou hommes de ménage. La mixité, dans ces fonctions comme dans toutes les autres, serait pour le coup une vraie plus-value ! Parce que c’est bien la mixité, la différence, le métissage qui enrichissent une activité, et non une supposée nature féminine ou masculine.

L’égalité véritable entre hommes et femmes sera proche le jour où, dans toutes les fonctions et à compétences égales, on ne se préoccupera pas davantage de savoir si le candidat est homme ou femme que s’il a les cheveux bouclés ou lisses. Ce n’est pas encore gagné…