En dépit de déclarations de bonne volonté, et à force d'occasions manquées, la Belgique laisse en situation de grand danger des enfants vulnérables.

Une opinion de Heidi De Pauw, directrice Child Focus.

La Convention internationale des droits de l'enfant est claire comme de l'eau de roche. L'état belge a le devoir de protéger ses citoyens mineurs contre la violence et la négligence, y compris dans les situations causées par leurs parents eux-mêmes, même en cas de guerre. Depuis plus de deux ans, Child Focus, avec d'autres organisations de défense des droits de l'enfant, demande que les enfants détenus en Syrie soient mis en sécurité. Les troupes kurdes qui gardent les camps de réfugiés ont appelé à plusieurs reprises les gouvernements étrangers à rapatrier leurs sujets. Le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a également appelé au rapatriement de tous les enfants belges des zones de conflit en Irak et en Syrie.

Les jouets de superpuissances

Il y a deux ans déjà, le gouvernement belge a déclaré qu'il ferait revenir tous les enfants de moins de dix ans. Pour les enfants plus âgés, la possibilité d'un rapatriement serait envisagée au cas par cas. Cependant, aucune méthode n'a été élaborée depuis pour obtenir un tel retour. L’excuse est que la Belgique n'a pas de troupes sur le terrain et qu'il serait beaucoup trop dangereux de procéder à un rapatriement. Néanmoins, en juin de cette année, six enfants belges ont été ramenés de la zone de conflit. En d'autres termes, la Belgique a les contacts sur place et la méthode pour procéder au rapatriement. De toute évidence, nous avons manqué l’occasion de ramener les autres enfants à ce moment-là.

Ces autres enfants, tous âgés de moins de 8 ans, ont été abandonnés à leur sort. Au niveau international, ce sont les intérêts géopolitiques qui jouent : les dirigeants internationaux se mobilisent et tentent de profiter du chaos de la manière la plus opportuniste. L'Europe ne fait preuve ni de volonté ni de courage pour protéger ses citoyens les plus vulnérables, et en Belgique, le débat dans les médias et dans les milieux politiques se concentre sur les combattants syriens, de sorte que la mise en sécurité des enfants est complètement reléguée à l'arrière-plan. Les enfants (kurdes, syriens, européens et belges) sont le jouet d'un jeu de superpuissances dans lequel l'Europe et la Belgique ne sont que spectateurs.

Prenons-nous des risques de sécurité inconsidérés en faisant revenir ces enfants ? Selon le directeur de l'Ocam, l'Organe fédéral de Coordination pour l'Analyse de la Menace, et le Procureur Fédéral, nous prenons des risques en ne les rapatriant pas. Ils disent unanimement qu'il est souhaitable de rapatrier les enfants dans l'intérêt de la sécurité de tous.

Les enfants sont aujourd'hui plus que jamais en danger. Pour ceux qui sont encore dans les camps de réfugiés, le manque d'hygiène, de nourriture, de médicaments et d'eau potable augmente chaque jour. Les hostilités à l'intérieur des camps sont en augmentation, mais fuir constitue, le cas échéant, un risque encore plus grand. En dehors des camps, il n'y a que des ennemis. Le risque qu'ils tombent entre les mains de troupes ou de milices qui les utiliseront comme monnaie d’échange est extrêmement élevé. Si Daesh leur met la main dessus, les conséquences sont incalculables.

Obligation morale

Le message que les enfants n’ont qu’à se rendre à un poste consulaire belge ou à un poste consulaire ami les oblige à mettre leur sort entre les mains de passeurs impitoyables qui veulent gagner beaucoup d’argent. Le fait que le gouvernement encourage ainsi la contrebande illégale est évidemment absurde.

La Belgique a l'obligation morale et légale de récupérer les enfants concernés dès que possible et dans les meilleures conditions de sécurité. Les conditions terribles dans lesquelles ces enfants ont vécu ces derniers mois ont déjà coûté la vie à un trop grand nombre d'entre eux. Il serait incompréhensible que les dirigeants de notre pays soient un jour amenés à constater avec tristesse que davantage d'enfants aient payé de leur vie à cause de leurs jeux de pouvoir politique.