Un courrier de Yves Hanseeuw, lecteur de La Libre, 63 ans, père de 3 enfants et grand-père de 5 petites-filles.

Je crois utile de porter à la connaissance du plus grand nombre un petit incident dont l’intérêt ne réside que dans la réflexion qu’il suscite…

Cela s’est passé à l’aéroport de Bruxelles-National en ce samedi 16 janvier 2021.

Nous avions planifié, mon épouse et moi-même, de passer une semaine de vacances au soleil, et avions choisi pour ce faire une des rares terres européennes encore classée en zone orange, à savoir Gran Canaria.

Étant dans la queue pour enregistrer nos bagages, je me fais interpeller par un agent de police parce que mon masque ne recouvrait que partiellement mon nez. Je ne présentais aucun danger pour qui que ce soit, une distance de sécurité de plus de 2 mètres me séparant de tout autre touriste (à l’exclusion de mon épouse) ; j’avais de plus l’avant-veille été testé négatif, comme toutes les autres personnes dans cette file puisque c’était une condition pour pouvoir embarquer…

Le policier m’ordonne donc, en Néerlandais, de mieux fixer mon masque, ce que je fais immédiatement, mais en demandant qu’on m’adresse la parole en français. L’agent s’empourpre et ajoute "Wenst U een boete? ". Mon Néerlandais n’est pas trop mauvais mais loin d’être parfait si bien que je mets une fraction de seconde à me souvenir que "boete" signifie "amende". Ni une ni deux, le "gardien de la paix", en conclu que je « marque mon accord » et souhaite avoir une amende. Il ne supporte pas mon arrogance d’avoir (poliment) demandé qu’on m’adresse la parole dans ma langue.

Il rajoute : "Men is hier in Vlaanderen en het is dus normaal dat ik in Vlaams spreek”.

À partir de là, je ne m’exprimerai plus qu’en Néerlandais et le policier ira jusqu’à dire : "Bovendien heb ik nog nooit een Waal gezien die zo goed Nederlands spreekt”.

Mais, sévère et bougon, il m’emmène au poste et m’oblige à payer immédiatement une amende de 250 euros (sans quoi, j’aurais manqué mon avion). Manifestant un attachement intégral à sa langue, il va jusqu’à refuser de considérer que j’habite à Grez-Doiceau mais à Graven (ce qui est la traduction du nom de cette commune wallonne en Néerlandais).

L’affaire s’éteint donc sans dommage pour qui que ce soit : j’ai pu aisément prendre mon avion et j’aurai versé à l’État belge un montant certes exagérément élevé au vu de l’infraction commise mais qui ne m’empêchera pas de dormir.

Les enseignements de cette histoire

Par contre, je crois que ce minuscule évènement doit nous amener à réfléchir en toute sérénité à ce type de dérive que je crois aujourd’hui incontrôlée.

L’agent de police a agi de manière parfaitement légale : mon masque avait glissé et il s’agit là d’une infraction. L’aéroport est en territoire flamand et il est normal qu’il s’exprime en Néerlandais. Influencé par le nom qu’on donne à cet aéroport, j’ai commis l’erreur de croire que j’étais en territoire bilingue ; je n’aurais jamais agi de la sorte à Turnhout ou à Torhout.

Par contre, étant francophone et le revendiquant, je fus l’objet d’une sévérité inaccoutumée. Attendant de monter dans l’avion à destination des Canaries, j’ai compté que sur les 250 personnes près des terminaux, près du tiers des personnes présentes ne portaient pas de masques ou le portaient sans qu’il ne recouvrait intégralement bouche et nez. Il est évident que, si ce policier avait dû verbaliser tous ces gens, il aurait été mis devant une tâche impossible. De ce fait, on l’oblige à décider lui-même qui seront les contrevenants punis.

Dans le cas que je rapporte, l’agent n’aimait pas les francophones mais d’autres n’aiment peut-être pas les Flamands ou les jeunes gens à la peau mat, ou les homosexuels, ou les femmes provocantes, ou les familles habitant une belle villa … Et certains des gardiens de la paix, conscients qu’ils ne peuvent intervenir partout vont préférer réagir suite à un appel des voisins ou la dénonciation d’un concurrent.

N’est-il pas inévitable, quand on instaure une loi inapplicable, d’ouvrir la porte à l’arbitraire ? Avec des conséquences anodines, comme dans mon cas, ou parfois dramatiques, comme dans d’autres. Est-ce cela qu’on souhaite dans une démocratie digne de ce nom ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

J’espère que nos gouvernants, libéraux ou non, y réfléchiront avant d’encore parler de répression avec si peu de retenue.