Opinions

Le fait qu’il n’y ait eu que des hommes candidats à la présidence du CDH est symptomatique du fonctionnement des partis. Une opinion de Dorothée Klein présidente des Femmes CDH et cheffe de groupe au Conseil communal à Namur.

Il n’y aura donc eu que des hommes, cinq candidats à la présidence du CDH. À la suite du grand favori, effectivement élu, Maxime Prévot, bourgmestre de Namur et ancien vice-président du gouvernement wallon. Quatre autres candidats, François-Xavier Blanpain, Bashiru Lawal, Jan Lippens et Arthur Defoin, largement méconnus du grand public, avaient annoncé qu’ils brigueraient la succession de Benoît Lutgen. Ce fait a été ressenti comme une gifle par plus d’une militante.

Comment est-ce possible, alors que les dernières élections au niveau local ont vu émerger de nombreuses élues, chez les humanistes comme ailleurs ?

Une réaction simpliste (et quelque peu hypocrite) consisterait à dire : les femmes n’ont qu’à s’en prendre à elles-mêmes. Tout le monde pouvait poser sa candidature !

“Gender blindness” et vision tronquée

Une lecture optimiste ferait remarquer que, d’une part, les femmes ont peut-être eu davantage le sens de l’intérêt du parti, davantage d’“élégance”, plus sensibles (à tort ou à raison ?) aux appels à l’unité, vu l’imminence des prochaines échéances électorales. Comme l’a exprimé Catherine Fonck, lors de l’annonce de sa non-candidature : “Cela me rendrait malade que ma candidature puisse être interprétée comme une volonté de diviser le parti.

D’autre part, les femmes ont sans doute moins d’ego “mal placé”, s’abstenant de poser une candidature juste parce que c’est l’occasion de faire parler de soi, de s’offrir une visibilité.

Une analyse plus pessimiste relèverait que cette absence de candidates est simplement symptomatique de leur place aujourd’hui dans les partis. À l’exception qui confirme la règle d’Écolo et sa coprésidence paritaire, les hommes sont aux commandes des partis, aujourd’hui comme hier.

Le CDH n’est pas plus conservateur ni moins égalitaire que les autres. Au contraire. Il a eu à sa tête une présidente, ce qui n’est pas le cas de tous les partis. Il observe une stricte parité au niveau de ses têtes de liste et compte actuellement plus de femmes que d’hommes aux postes ministériels.

Mais les résultats électoraux récents, au niveau local, ont sans doute contribué à alimenter une gender blindness (cécité en matière de sexisme) et une vision tronquée de l’égalité en politique. L’obligation de l’alternance stricte “un homme/une femme” (ou l’inverse) sur toutes les listes a porté 48,8 % d’élues dans les conseils communaux, à Bruxelles, et 38,6 % en Wallonie qui, pour la première fois, rattrape son retard et fait jeu égal avec les élues flamandes (38,4 %), qui n’ont pas “bénéficié” de l’obligation d’alternance dans le nord du pays.

On avait, dès lors, quelque peu “oublié” qu’en raison de siècles de patriarcat et de domination masculine, malgré un niveau de formation désormais plus élevé, les femmes n’accèdent pas “naturellement” ni significativement aux lieux du pouvoir sans contrainte.

Le verdict des prochaines élections aux niveaux régional, fédéral et européen pourrait d’ailleurs nous ramener à la dure réalité : il n’y aura ni obligation d’alternance sur toute la liste ni obligation de quotas “un tiers/deux tiers” maximum entre les hommes et les femmes (comme désormais dans les collèges communaux) dans les futurs gouvernements, où la loi impose seulement une personne de l’autre sexe.

En outre, bizarrement, les structures internes des partis ont “échappé” à cette évolution égalitaire et paritaire. Les présidences d’arrondissements et de sections locales, par exemple, restent largement masculines. Or ces sections, qui ne s’embarrassent guère de quotas, peuvent être de précieuses “écoles” pour s’initier aux règles, enjeux et stratégies politiques. Il ne faut dès lors pas s’étonner qu’“il n’y a pas de femmes”, comme certains s’en plaignent toujours, au moment de la confection des listes. Ou lors d’un appel à candidatures pour un poste de président.

Titre, chapeau et intertitres sont  de la rédaction.