Ces partis partagent largement les mêmes opinions, mais peinent à exercer autant de pouvoir que jadis. Ils ont tout intérêt à se regrouper. Une opinion du professeur Michel De Wolf (1) Citoyen (proche du programme de Défi aux dernières élections d’après le “test électoral” La Libre/RTBF, dont la majorité des amis actifs en politique le sont au MR et lui-même au CDH). 

Selon Le Petit Robert, un parti est un "groupe de personnes défendant la même opinion", une "association de personnes unies pour des intérêts, des buts communs". Il a pour perspective l’exercice du pouvoir.

Le CDH, Défi et le MR partagent largement les mêmes "opinions", mais ils peinent aujourd’hui à exercer autant de "pouvoir" que jadis. Donc, ils peuvent, et ont intérêt, à se regrouper. D’urgence. L’arrivée prochaine à la tête de deux d’entre eux d’un nouveau président, le processus de refondation entamé par le (nouveau) président du troisième et la distance prise par les ténors qui durent faire par le passé des arbitrages déchirants (les Maingain, Michel, Milquet, Reynders), fournissent à cet égard une fenêtre d’opportunité. Encore faut-il adopter une méthode appropriée pour fusionner.

Trois partis proches idéologiquement

À la lecture de leurs statuts, les trois partis dévoilent, au-delà des styles rédactionnels différents, une vraie convergence. Aussi bien le CDH que le MR (les deux partis a priori les plus éloignés) font référence à "l’humanisme démocratique", le premier le présentant comme le but de son action, le second y détectant plutôt son fondement.

Certes, Défi met l’accent davantage sur la défense des francophones, mais le MR insiste sur le "renforcement des liens entre citoyens francophones et germanophones, Wallons et Bruxellois". Et au fond, les divergences stratégiques à l’égard de la sixième réforme de l’État, qui ont opposé ces deux partis, ne devaient pas relever d’incompatibilités fondamentales, puisque Défi a longtemps fait partie de la fédération MR. Quant à la connotation chrétienne du CDH (qui déclare dans ses statuts "s’inspirer" du courant personnaliste "hérité", "notamment", de l’humanisme chrétien), elle est mise, à tort ou à raison, de plus en plus sous le boisseau, comme l’ont montré de récentes déclarations à propos de la réforme de la législation sur l’avortement. De toute manière, Défi se présente comme "pluraliste" et le MR affirme adhérer au "pluralisme des convictions philosophiques et religieuses".

Globalement, on est frappé de la convergence idéologique de ces trois partis autour des notions de liberté, de responsabilité et de solidarité. Et l’on ne retrouve chez aucun les thèmes traditionnels de la gauche, louant l’option préférentielle pour l’État, que ce soit à travers l’initiative industrielle publique, les structures tentaculaires type intercommunales, le logement public, le développement de la dépense publique et des impôts, etc.

L’union fait la force

Il est inutile de s’apitoyer sur la trajectoire électorale des trois partis en cause. À la Chambre, le CDH n’a plus que cinq députés (pas même un dans chaque province wallonne). En Wallonie, Défi récolte des voix, mais aucun parlementaire. Et à tous les niveaux, le MR est contraint de monter dans un attelage où le PS domine, à moins qu’il n’y soit pas même invité, comme à Bruxelles.

La situation particulière à Bruxelles mériterait d’ailleurs à elle seule que les trois partis s’interrogent sur l’effet de leur séparation. Le MR, en cette terre du libéralisme, n’a plus que deux bourgmestres sur dix-neuf. Défi, dans la région de sa naissance, n’en a plus que trois. Curieusement, le CDH en a quatre. À Bruxelles, le rassemblement des trois partis est la seule alternative si l’on veut éviter l’installation, peut-être pour un siècle (comme ce fut le cas dans certaines communes ouvrières jadis), de bastions de complaisance à l’égard du communautarisme. À cet égard, le PS et Écolo sont, pour rester euphémiques, à tout le moins ambigus (cf. l’affaire du tract lors de la campagne électorale de mai dernier).

Plus largement, considérons à titre d’exemple les résultats des élections européennes dans le collège francophone le 26 mai dernier. Si le regroupement des trois partis perdait 10 % des voix obtenues par Défi et 20 % de celles conservées par le CDH (au profit d’Écolo dans les deux cas), et reprenait 50 % des voix qui se sont portées sur le Parti populaire (Destexhe ne se présentait pas à ce niveau), le paysage serait totalement différent. Alors que la division a éparpillé les voix entre le MR (470 654), le CDH (218 078) et Défi (144 555), laissant le PS caracoler en tête (651 157), le regroupement surclasserait ce dernier aisément (832 112). Et cela, malgré les départs d’électeurs CDH et Défi vers Écolo, qui sortirait lui aussi renforcé (516 726).

En termes de sièges dans les assemblées régionales et fédérales, l’effet serait considérable, le système tendant à donner un avantage au plus grand parti (notamment pour l’attribution du dernier siège dans chaque circonscription). Pour la formation du gouvernement fédéral, ce serait le regroupement qui choisirait et dominerait côté francophone la coalition (probablement sans la N-VA), et non le PS.

Une opportunité unique… maintenant !

Soyons clairs : le rassemblement que nous prônons doit, et ne peut se faire que maintenant, c’est-à-dire rapidement après l’élection des présidents du MR et de Défi.

Un tel mouvement tectonique doit s’opérer en effet le plus loin possible des prochaines méga-élections de 2024, de manière à laisser à la nouvelle formation le temps de mettre des huiles dans les rouages (notamment pour arbitrer entre ego individuels) et convaincre les électeurs. La rapidité permettra aussi d’éviter la cacophonie ultérieure d’un regroupement de partis entre-temps les uns dans l’opposition, les autres dans la majorité au niveau fédéral : si le regroupement intervient maintenant, c’est ensemble qu’il ira (ou non) au gouvernement fédéral. Pour les autres niveaux de pouvoir, Défi et le MR ont la force d’assurer cette crédibilité en imposant, le premier à Bruxelles et l’autre en Wallonie et en Communauté française, une révision des programmes et des équipes gouvernementales. Enfin, soyons francs, la rapidité permettra à travers la prochaine formation fédérale (voire les remaniements régionaux et communautaire) et les désignations ministérielles, d’assurer les équilibres nécessaires à renforcer l’unité du nouveau parti.

Une méthode pour y parvenir

Ce que nous préconisons doit être initié par les trois présidents, mais opérationnalisé aussi au-delà d’eux.

Sans le leadership que confère dans le système belge la fonction de président de parti, rien n’est normalement possible. De plus, les trois présidents ont ou auront la légitimité que leur confère une élection récente (encore à intervenir dans deux cas), et jusqu’ici réussie quant à son déroulement démocratique.

Mais ce mouvement historique doit impliquer les courants que ces partis représentent. Donc, nous suggérons que chaque président s’entoure, outre de négociateurs chevronnés de leur parti (dont leurs "idéologues en chef"), de personnalités de la société civile.

En quelques semaines, ils pourront proposer à la Belgique déboussolée une nouvelle étoile, traçant clairement la voie à une ère de prospérité dans la responsabilité écologique et sociale, la liberté de conscience et d’entreprendre, et la solidarité envers les moins favorisés.

(1) NdlR : Michel De Wolf est doyen honoraire de la Louvain School of Management et président honoraire de l’Institut des réviseurs d’entreprises.

La version intégrale de cette réflexion est sur le site lalibre.be