Opinions

Par Claire Vandevivere, Echevine de l’environnement, du développement durable, du climat et de la qualité de l’air à Jette


Nous pouvons tous blâmer l’autre, le politique, l’économique de l’état de notre Terre. Mais imaginez que chacun fasse sa part, comme le colibri de cette légende amérindienne. Manger local, en vrac, fabriquer ses produits d’entretien, chasser les emballages, le plastique, diminuer sa consommation d’énergie, éviter la voiture, c’est du concret, jour après jour pour changer le cours des choses. Les Jeunes, vous avez ce pouvoir, vous avez du pouvoir. Continuez à nous lancer vos messages.


Quelle émotion face à votre mobilisation ! Vous criez haut et fort au politique que la survie de notre Planète est en jeu, qu’il n’est plus question de tergiverser, en bravant parfois les réticences de vos directeurs ou enseignants. Chapeau bas, de ma part, une ancienne étudiante, devenue échevine du développement durable, qui a appris à l’université, la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo : chaque pays se spécialise dans la production pour laquelle sa productivité est la plus forte. Résultat dans toute son absurdité : on importe des fraises de la Méditerranée en plein hiver que nous ingurgitons avec les tonnes de CO2 qu’a nécessité son transport. Ou encore, nous importons des produits agricoles que nous pourrions parfaitement produire chez nous. Nous avons, pendant des décennies, et maintenant encore, vanté les mérites de cette mondialisation et de la croissance sans conscience qui tuent notre planète à petit feu, lentement mais surement.

Terrible responsabilité de vos parents et grands-parents 

Oui, nous, vos parents et grands-parents, avons une terrible responsabilité par rapport à l’état de la planète. On a fermé les yeux, on s’est dit que cela allait s’arranger avec la technologie, que l’on exagérait. Alors que la situation est catastrophique : la biodiversité se meurt, le plastique remplace les poissons dans l’océan, le réchauffement climatique expatrie, chaque année, des millions d’habitants, tue les ours, crée des catastrophes climatiques. Sans parler de l’air pollué que nous respirons. Quand allons-nous taxer le kérosène des avions ? Pourquoi défend-on encore aujourd’hui l’idée moyenâgeuse d’élargir le Ring de Bruxelles qui amènera plus de voitures encore au lieu de développer les transports publics.

On est passé de six à un sac poubelle blanc par mois.

Pour autant, connaissez-vous la légende amérindienne du colibri ? Un jour, il y eut un immense incendie dans une forêt. Tous les animaux s’enfuyaient. Seul un colibri allait chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Un tatou, agacé, lui rit au nez en lui disant que ce n’est pas de cette manière que le feu s’éteindrait et l’oiseau lui répondit : "je le sais, mais je fais ma part". J’ai deux enfants de 20 et 16 ans. Depuis plus d’un an, nous les emmenons dans un projet communal, en adoptant des dizaines d’actions pour diminuer notre empreinte écologique en matière de déchets, d’alimentation et d’énergie : manger local, en vrac, fabriquer ses produits d’entretien, chasser les emballages, le plastique, diminuer sa consommation d’énergie, éviter la voiture. C’est du concret, jour après jour ; ce n’est pas toujours facile, ce sont des changements de consommation, de comportements, de manière de vivre. On est passé de six à un sac poubelle blanc par mois.

Chacune et chacun a le le pouvoir de faire bouger les lignes.

Imaginez, chers jeunes, que chacun fasse sa part, surtout nous qui habitons en Occident et qui dévorons la Planète plus vite qu’elle ne se régénère. Oui, vous pouvez révolutionner le cours des choses de mille manières : acheter votre sandwich le midi dans un magasin avec votre emballage réutilisable, boire dans une gourde au lieu d’une canette, résister au dernier Smartphone, insister auprès de vos parents pour acheter local, sans déchets, sans pesticides, consommer moins de viande, ou plus du tout. Nous pouvons tous blâmer l’autre, le politique, l’économique de l’état de notre Terre. Nous pouvons aussi nous dire que nous avons, chacune et chacun, le pouvoir de faire bouger les lignes. Vous avez ce pouvoir, prenez-le, changez le cours des choses, et continuez aussi à nous lancer vos messages, cela renforcera le politique dans ses priorités. Vous êtes les citoyen.ne.s d’aujourd’hui et de demain!