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Avec le récit de ses expériences quotidiennes comme habitant du quartier Mérode de Forest, non loin de la gare du Midi à Bruxelles, Luckas Vander Taelen, député flamand du parti écologiste Groen !, a bravé, il y a quelques jours, le tabou progressiste autour du comportement de bon nombre de jeunes d’origine allochtone. Vander Taelen, qui est un mordu du vélo pour ses déplacements en ville, est chaque jour confronté sur son parcours dans son quartier à majorité maghrébine à d’innombrables insultes et agressions. Sa fille a définitivement abandonné ses courageuses tentatives de se promener dans le quartier, elle y a subi trop d’insultes que la décence interdit de citer.

Le député flamand a, à plusieurs reprises, essayé d’obtenir un minimum de respect pour sa position vulnérable comme cycliste dans le trafic urbain. En vain : un jeune maghrébin lui a conseillé d’aller "niquer sa mère", un jeune chauffeur lui a craché à la figure. Ce n’est pas le discours qu’on attend d’un progressiste reconnu. Décidément, certains jeunes habitants du quartier autour de la gare du Midi semblent prendre un peu trop à la lettre ce que dit le Coran sur les "kafirs" : les infidèles ne méritent aucun respect et peuvent être traités comme la lie du peuple. Le député écologiste nous conseille de surtout ne pas essayer d’expliquer à ces jeunes "nouveaux Belges" qu’on ne roule pas à 70 à l’heure dans une zone 30. Son expérience lui a appris que n’importe quelle restriction est considérée par ces jeunes comme une insulte insupportable à leur l’honneur.

Vander Taelen constate qu’il a lutté pendant vingt ans pour le multiculturalisme et l’intégration, mais qu’il doit admettre qu’aujourd’hui, à Bruxelles, il existe une génération de "rebels without a cause, qui se sentent par définition dépités et lésés, qui ne sont jamais responsables de rien et pour lesquels tout problème est la faute des autres, des autorités et des racistes belges". Le député flamand déplore que les jeunes de sexe masculin jouissent au sein de la famille maghrébine d’une position sacro-sainte au-dessus de toute critique possible. Il cite comme exemple l’attitude d’un père qui a déclenché, il y a quelques semaines à Molenbeek, une petite révolte populaire parce que la police voulait interpeller son fils de quatorze ans. Il évoque également le cas d’une galerie d’art qui avait exposé des tapis de prière couverts de paires de chaussures. La galerie a été agressée et elle a dû abandonner le projet, à cause d’une paire de chaussures féminines sur l’un des tapis.

Avec son récit, Luckas Vander Taelen a apparemment touché une corde sensible des lecteurs du quotidien "De Standaard" : deux jours plus tard, le site du journal a enregistré près de 370 réactions. On peut, notamment, y lire le récit de Karen Van Godtsenhoven, une journaliste spécialisée dans la mode, qui s’est installée, avec quelques femmes dotées d’une forte dose d’idéalisme, dans une maison du boulevard Lemonnier, près de la gare du Midi. Ces courageuses jeunes femmes ont eu l’occasion d’apprendre en un minimum de temps tous les mots en arabe ou en berbère les qualifiant de putains. La journaliste raconte qu’elles se sentent "prisonnières dans leur propre demeure". Pas question d’entrer dans un des cafés du quartier, où on ne trouvera jamais une femme, pas question non plus de s’arrêter dans la rue, parce qu’on leur demande immédiatement quel est leur tarif.

Ces témoignages de gens progressistes indiquent l’extrême urgence qu’il y a à demander le respect pour les valeurs essentielles européennes. Ou s’agit-il, une nouvelle fois, d’une manifestation d’intolérance typiquement flamande qui ne mène qu’à la polarisation au sein de la société ?