La Banque nationale belge (BNB) recommande aux banques de ne pas prêter plus de 225 000 euros. Une mauvaise nouvelle, surtout pour les jeunes.

Une opinion de Hervé Jourquin, président de la section locale du CDH de Watermael-Boitfort, ingénieur civil.
 

La nouvelle est tombée il y a quelques jours : à partir du 1er janvier 2020, un prêt hypothécaire ne pourra plus dépasser 90 % de la valeur d’un bien en acquisition pour un propriétaire souhaitant l’occuper. Assez étonnamment, cette annonce est passée presque inaperçue. Aucune réaction de politiques, de syndicats ou d’associations. On peut cependant se permettre de douter de l’impact positif de cette mesure sur les jeunes ménages. Explications.

À Bruxelles, un appartement moyen coûte aux alentours de 250 000 € (1). À ce prix d’acquisition s’ajoutent les inévitables droits d’enregistrement, honoraires de notaire, frais d’hypothèque et autres frais administratifs. En région bruxelloise, grâce à l’abattement sur les premiers 175 000 €, la totalité de ces frais représentent 19 000 € dans ce cas précis. Cela monte donc l’addition à un montant total de 269 000 €. Or, avec les nouvelles recommandations de la Banque nationale belge (BNB), une banque ne prêtera plus que 225 000€. L’acquéreur devra donc avoir un capital propre de près de 44 000€ pour pouvoir effectuer son achat, et dans l’hypothèse que le bien ne nécessite pas de travaux, ce qui gonflerait la facture.

Une situation difficile pour les jeunes

En Belgique, l’âge moyen pour avoir son premier enfant est de 29 ans. On peut penser que la plupart des couples souhaitent dès lors avoir un chez-soi, adapté à la venue de leur enfant, sûr et accueillant. La propriété pourrait être une réponse idéale, mais hélas ce projet se heurte à la réalité précitée. Il faudrait en effet à un jeune couple économiser près de 9 000 € par an pendant 5 ans pour réunir un tel capital. Pas facile quand un premier salaire pour un jeune enseignant tourne aux alentours des 2 300 € bruts par exemple. Mais alors, qui peut encore se permettre d’acheter un bien au moment où on décide de fonder un foyer si ce n’est les jeunes qui ont une aide financière de leur famille ? Et la situation est encore plus difficile pour les jeunes célibataires. Dans ce cas-là, sans aide, l’accès à la propriété devient une utopie. Aujourd’hui, avoir un diplôme de l’enseignement supérieur et un emploi stable ne sont donc plus des conditions suffisantes pour accéder à la propriété.

Quitter Bruxelles

Dans son communiqué, la BNB se garde de vouloir empêcher l’achat d’une habitation pour les primo-acquéreurs et elle n’autorisera d’ailleurs que 35 % du volume des prêts pour que ce public ne suive pas cette règle. On peut cependant se poser des questions sur les garanties que demanderont les banques pour accorder ces "exceptions" ou à quel taux ces prêts "risqués" seront accordés. Les jeunes ménages issus de la classe moyenne avec des revenus trop élevés pour accéder aux prêts sociaux mais trop faibles pour être capables d’économiser de façon substantielle, n’auront donc pas d’autre choix que de quitter Bruxelles et s’installer en périphérie, là où l’immobilier est moins cher. Avec pour conséquence un appauvrissement de notre capitale et des problèmes de mobilité qui n’iront certainement pas en s’améliorant. À méditer donc.

(1) : Cfr. Le Baromètre des Notaires

Titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction.