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Il y a un an presque jour pour jour, l’Athénée royal d’Alleur, en région liégeoise, était sous le choc : une bande de jeunes, le visage masqué par des foulards, venait de s’introduire dans les salles de réfectoire de l’école, détruisant le matériel avec violence avant de prendre la fuite. Une semaine plus tard, deux individus encagoulés faisaient irruption à l’Athénée Jules Destrée à Marcinelle, armés de fusils de paintball, touchant dix-sept étudiants avec les balles de couleur.

Certes, le drame de Termonde, encore présent dans les esprits, expliquait grandement l’emballement médiatique qu’avaient suscité ces événements. Néanmoins, l’idée commune veut que l’on assiste à une montée de la violence au sein des écoles depuis plusieurs années. De fait, sur le site enseignons.be, nombreux sont les enseignants à faire part de leurs malheureuses expériences.

Quelques témoignages : " Enseignante depuis quatre ans, je n’avais jamais eu peur, jusqu’à cette année, un élève de 3TQ, caractériel, je n’ai dû mon salut qu’aux autres garçons de la classe qui l’ont retenu." " Je n’ai jamais connu de grosses agressions dans mon établissement, mais je trouve qu’il y a une violence latente de plus en plus flagrante. Beaucoup d’insultes entre élèves, de coups perdus à gauche et à droite pour jouer, de cris Sans parler du manque de respect ." " Moi aussi j’ai été agressée physiquement par deux fois. Un élève a refermé intentionnellement la porte avec violence : gros hématome à la main. Puis une seconde fois, un projectile à la fesse alors que j’écrivais au tableau : j’ai cru recevoir une balle tellement la douleur fut fulgurante ."

Pourtant, lorsqu’on s’attarde sur les quelques - rares - études existantes sur le sujet, l’on constate qu’il n’y a pas réellement d’augmentation de la violence ces dernières années.

Michel Born, directeur du service de la psychologie de la délinquance et du développement psychosocial à l’Université de Liège, a coréalisé deux enquêtes sur le sujet, la première en 2000, la seconde en 2003 (lire l’interview ci-contre) (1).

Selon les résultats de ces travaux, le nombre de violences "physiques" en milieu scolaire est resté globalement stable, notamment en matière de délinquance et de violences de type "coup de sang" (bagarres entre élèves ). Par contre, l’étude démontre une aggravation notable des atteintes verbales.

" Les jeunes se parlent avec davantage de violence qu’auparavant , explique-t-il. Les mots sont plus durs, ils utilisent des termes plus extrêmes. Aujourd’hui, l’on dit je vais te tuer très facilement ."

Néanmoins, selon les statistiques que livrait la Cellule des accidents du travail de la Communauté française tous les deux ans, en 2007, 239 agressions, tant physiques que verbales, avaient été répertoriées, soit une soixantaine de plus que deux ans auparavant. Hélas, depuis lors, l’agent qui s’occupait de ces statistiques a obtenu sa mutation dans un autre service et n’a pas été remplacé. Il est donc impossible de tirer des conclusions fiables de ces chiffres, d’autant plus qu’ils ne tiennent compte que des actes déclarés comme accidents du travail.

Afin de résoudre ce problème de manque de données et afin d’aider les établissements scolaires et les enseignants, un observatoire de la violence devrait être mis en place d’ici peu. Il dressera des bilans réguliers de la situation et assistera les écoles dans la mise sur pied de plans d’urgence d’assistance en cas de situations de crise.

En attendant, les écoles ont décidé de prendre le taureau par les cornes et rivalisent d’inventivité pour faire baisser le sentiment d’insécurité entre leurs murs. La Communauté française finance également de nombreux systèmes anti-intrusion. A l’Athénée royal d’Alleur, l’on dispose ainsi aujourd’hui de plusieurs caméras braquées sur les entrées de l’établissement.

" Le site a été sécurisé de manière plus qu’efficace , commente Manuel Dony, préfet des études. Mais l’agression a surtout renforcé le dialogue en interne. Aujourd’hui, les élèves veulent défendre une autre image d’eux que celle qu’ils ont vue dans les médias, et dans laquelle ils ne se sont pas reconnus. En un an, nous n’avons plus connu le moindre acte de violence. Les jeunes ont mis en place des projets de solidarité, ils organisent des débats, ils s’investissent davantage dans la vie de leur école ."

(1) Lecocq C., Hermesse C., Galand B., Lembo B., Philippot P. & Born M. Violences à l’école : enquête de victimisation dans l’enseignement secondaire de la Communauté française de Belgique, 2003.