Les couples homosexuels demandent que soit reconnu leur désir de vivre une relation affective durable et de pouvoir officialiser leur engagement. Voilà ce qui se cache sans doute derrière le mot "mariage" contre lequel de nombreux Français vont marcher dimanche prochain. Sans doute ce mot peut-il être jugé inapproprié et faudrait-il trouver une autre expression comme, par exemple, "union civile". Mais, de toute façon, l’homosexualité ne peut être réduite à "une pratique érotique" marginale.

Dans un couple homosexuel, comme dans les couples hétérosexuels, l’aventure du "mariage" commence par "une pulsion" biologique, accompagnée d’un sentiment amoureux qui, aux dires des psychologues, ne durera pas plus de trois ans, s’il n’est pas entretenu. Ce point de départ est une invitation à aller plus loin.

L’être humain s’enracine dans ce qu’on appelle parfois la nature, mais il est appelé à la dépasser ou, plus exactement, à lui faire produire le meilleur possible. Toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, est habitée par ce vœu profondément humain de créer avec une autre personne des relations où l’une et l’autre peuvent se donner et se recevoir mutuellement dans le souci de l’autre et dans la solidarité.

Depuis quelques décennies seulement, les personnes homosexuelles veulent sortir de la clandestinité où elles étaient confinées depuis quasi toujours. Des pas de géant ont déjà été faits au regard de siècles de rejet. Cette reconnaissance sociale leur permettra de se réconcilier avec leur histoire personnelle, histoire qu’ils n’ont pas choisie (la genèse de cette orientation est en effet toujours inexpliquée).

S’il faut éviter toute confusion entre les deux types de couple, il n’est pas question non plus de rajouter de la souffrance à la souffrance. Des personnes, en effet, vivent cette orientation comme un donné de leur personnalité sur lequel elles n’ont pas prise, et qu’elles veulent assumer de façon responsable. Attendre de l’ensemble des personnes homosexuelles la continence et la sublimation n’est guère réaliste.

Sans doute ne peut-il y avoir de familles homosexuelles ni de mariages au sens plénier du terme. Mais il y a des couples homosexuels, invités eux aussi, à la fidélité et à l’aide mutuelle. "Ce qui me paraît fondamental, c’est l’évocation d’une voie moyenne entre la mise sur le même pied de l’homosexualité et l’hétérosexualité - ce qui ignore une différence anthropologique - et le refus d’une expression sexuelle à ceux qui ne peuvent la vivre en vérité qu’avec des personnes de leur sexe" , a pu écrire une personne homosexuelle.

L’homosexualité ne sera, en effet, jamais sur le même pied que l’hétérosexualité. Il suffit de considérer la souffrance des personnes qui la découvrent. De plus, il restera toujours au moins une différence, fût-ce au regard de la procréation naturelle. Or celle-ci demeure structurante, tant pour notre société que pour l’individu, car tout être humain a besoin de se reconnaître comme enfant d’un homme et d’une femme.

Il s’agit donc de faire droit à la demande de reconnaissance sans pour autant porter atteinte aux fondements anthropologiques. Le mariage est une institution constitutive de la société, qui articule conjugalité et parentalité, éléments essentiels de l’identité des personnes. Voilà qui demande débat et esprit créatif. "Il faut pouvoir proposer des reconnaissances différenciées" , estiment des chrétiens de Nantes, "et donner à l’union homosexuelle les mêmes chances de fidélité et de durée qu’aux couples hétérosexuels".

La solution belge du mariage en bonne et due forme n’est peut-être pas la seule. La France trouvera-t-elle d’autres voies, grâce à un débat démocratique vrai, fait d’autres choses que de slogans ou de manifestations ?

Charles Delhez

Chroniqueur