Une opinion du professeur Ahmad Awada, chef du service de médecine oncologique de l’Institut Jules Bordet.


Ce lundi 4 février marque la Journée mondiale du cancer. Elle permet au monde entier de mettre en lumière la lutte constante menée contre cette maladie. 


Avec plus de 18 millions de nouveaux cas et deuxième cause de décès dans le monde, le cancer est un des plus grands défis de santé du 21e siècle. Depuis quelques années, l’optimisme est enfin à l’ordre du jour au sein de la communauté scientifique avec l’arrivée de nouveaux traitements anticancéreux, en particulier l’immunothérapie ainsi que des thérapies biologiques ciblées, qui sont aujourd’hui accessibles dans plusieurs cancers et indications en Belgique. À noter également que de nouvelles formes de chimiothérapies dites ciblées sont en cours de développement.

L’immunothérapie : une révolution thérapeutique

On savait depuis longtemps que les cellules cancéreuses arrivaient à "endormir" le système immunitaire. Mais, des années de recherches nous ont permis de comprendre comment ces cellules cancéreuses réussissent à mettre en veille notre système immunitaire. Cette découverte a ensuite permis d’élaborer des traitements qui réveillent le système immunitaire afin qu’il s’attaque à nouveau aux cellules cancéreuses. L’immunothérapie est née et son arrivée représente une révolution thérapeutique. Ce succès s’inscrit dans la durée puisqu’il a le potentiel de concerner un nombre significatif de cancers. On prévoit qu’environ 22000 patients belges devraient être traités par immunothérapie dans les 5 ans, ce qui résulterait en une meilleure survie et un meilleur état de santé de nos patients et des effets secondaires gérables.

En 2019, les immunothérapies poursuivent leur développement

C’est dans le mélanome métastatique puis dans le cancer du poumon métastatique que l’immunothérapie a fait ses preuves. On connaît aussi l’importance de l’immunothérapie dans le cancer de la vessie, du rein ou dans la maladie de Hodgkin… La liste des tumeurs sensibles au procédé ne cesse de s’allonger. Des études récentes montrent le succès de l’immunothérapie dans le cancer de la tête et du cou, et dans d’autres tumeurs solides tels qu’un groupe du cancer du sein et le cancer du foie. Ce qui laisse présager un essor rapide de cette thérapie. L’immunothérapie a d’abord été autorisée dans les cancers métastatiques mais elle est également de plus en plus utilisée dans des stades plus précoces avant ou après chirurgie et/ou radiothérapie pour donner encore plus de chances aux patients d’être guéris et de reprendre une vie "normale" rapidement.

Les défis à venir : marqueurs d’efficacité et combinaisons

Des limites ont cependant été observées : tous les patients ne répondent pas à l’immunothérapie. L’un des enjeux qui anime la communauté scientifique est donc de réussir à déterminer pourquoi certaines personnes ne réagissent pas à ces traitements. C’est pourquoi des marqueurs d’efficacité (ou d’inefficacité), sorte d’indicateur de la réponse (ou de la résistance) à un traitement, sont déjà utilisés ou en cours de développement dans les cancers du poumon et de la vessie, mais leur prédictibilité n’est pas encore parfaite. L’autre piste pour augmenter la réponse et son efficacité est l’association de l’immunothérapie à d’autres traitements telle la chimiothérapie comme c’est déjà le cas dans le cancer du poumon. D’autres associations, par exemple avec la radiothérapie, sont à l’étude dans d’autres types de cancers. L’un des buts de ces associations est d’améliorer les résultats de ces traitements et de vaincre la résistance.

Faciliter la recherche, l’innovation et l’accès

En tant que scientifique, il est passionnant de vivre un tel moment charnière dans la lutte contre le cancer même s’il existe encore de nombreux défis à relever pour que l'immunothérapie et d’autres thérapies nouvelles tiennent leurs promesses naissantes. Ces défis concernent la sélection des patients pour un traitement, la gestion efficace des toxicités, l'identification des associations idéales pour des tumeurs spécifiques, et la gestion des coûts de traitement. La recherche d’innovations en amenant d’autres, de nouvelles découvertes en matière de diagnostics, de génomique, de médecine de précision, d'immunothérapie, d'intelligence artificielle et d'analyse des données sont introduites chaque année. Au cours des prochaines années, ces nouvelles technologies et approches de traitement seront employées en synergie pour qu’il soit encore plus fréquent de survivre au cancer. La Belgique y joue un rôle de premier plan dans la recherche et l’innovation : nous avons plus de 400 études cliniques en cours et nos chercheurs sont à la pointe de la recherche sur le rôle du système immunitaire dans le cancer ainsi que d’autres anomalies tumorales causant le cancer. Pour information, la Belgique est également un des seuls pays européens qui offre un accès rapide à l’immunothérapie.

Mettons tout en œuvre pour que nos chercheurs continuent de s’illustrer dans les divers domaines de l’oncologie et donnons-leur les moyens de faire avancer ce combat contre le cancer.