Opinions 1. Philippe Mahoux : Médecin, chef du groupe socialiste au Sénat

Quel bilan tirez-vous du mariage homosexuel en Belgique ?

Très franchement, quand je vois le temps qui a passé (il y a maintenant plus de dix ans qu’il est entré dans la loi), je peux dire que la situation est apaisée. On n’a pas le sentiment qu’il y a un problème qui persiste. Ceux qui y étaient opposés, le sont toujours mais on a assisté à une banalisation au sens positif du phénomène.

Rencontre-t-il beaucoup de succès ?

Les chiffres sont là. Il y a un nombre de mariages enregistrés qui montre bien que la loi était attendue. On est maintenant dans une situation où c’est la liberté de chacun de se marier ou pas.

Et l’adoption par les couples homosexuels ?

Cette loi, là aussi, a été votée. Il faut reconnaître d’abord que cela a permis des adoptions intrafamiliales de la manière la plus libérale. En revanche, par rapport à l’adoption internationale, la loi a eu un effet limité dans la mesure où une série de pays mettent des conditions particulières à l’adoption d’enfants originaires de leur pays. La conséquence est que ces adoptions sont relativement rares.

N’en va-t-il pas autrement pour la procréation médicalement assistée (PMA) se rapportant aux personnes homosexuelles ?

Concrètement, nous avons abordé le problème de la procréation médicalement assistée indépendamment de la question du mariage et de l’adoption. Nous l’avons fait d’une part dans le cadre d’une approche de santé publique et d’autre part en termes de solidarité. Il y a des situations de stérilité ou de fécondité très limitée et cela pour l’ensemble de la population. Première préoccupation, celle de l’efficacité et de la sûreté. Deuxièmement, le problème de l’accessibilité. C’est une question très importante pour que tout le monde puisse avoir recours à la PMA. Et enfin, on a décidé que ce n’est pas au législateur de déterminer des critères qui permettent d’accéder à cette procréation médicalement assistée. On parle à ce propos d’auteurs de projet parental sans considérer qu’il fallait de manière intrusive déterminer qui pouvait être auteur de projet parental.

Comme citoyen, comprenez-vous l’argument selon lequel le mariage en tant que tel, et l’adoption, sont un concept réservé à deux personnes de sexe différent ?

C’est assez compliqué de s’opposer à une affirmation de cette nature qui est une pétition de principe et qui est dépourvue d’arguments concrets. Ceux qui affirment cela l’affirment, c’est tout. Ce que l’on met en face de cela, c’est le principe d’égalité et de non-discrimination par rapport aux choix personnels d’orientation sexuelle.

Pourquoi, selon vous, la Belgique a-t-elle joué une sorte de rôle précurseur en la matière ?

Par rapport à toute une série de problématiques éthiques, nous avons considéré qu’il fallait ouvrir un espace de liberté, d’égalité et de solidarité. Et cela en y mettant chaque fois les balises qui paraissaient nécessaires pour éviter les dérives. Mais, en cette matière, la problématique des dérives ne se pose pas.

Etes-vous surpris que la France est divisée à ce point sur le mariage pour tous ?

Effectivement, je le suis. D’une part, il y a la violence des propos mais aussi celle des attitudes physiques. J’ai eu l’occasion de voir des images de manifestation où la violence des opposants était impressionnante. Le deuxième point, j’ai eu l’occasion de l’exprimer lorsque je fus invité devant l’Assemblée nationale française, c’est que la situation belge avec la traduction dans la loi de l’ouverture au mariage aux personnes de même sexe montre que le catastrophisme exprimé lors du débat ayant précédé la loi était nul et non avenu et que cela n’a pas amené des bouleversements importants dans la vie de la société belge. Mais il faut rester vigilant car des expériences récentes montrent bien de manière dramatique que l’homophobie reste présente à certains endroits sous une forme particulièrement violente.

"La situation belge avec la traduction dans la loi de l’ouverture au mariage aux personnes de même sexe montre que le catastrophisme exprimé lors du débat ayant précédé la loi était nul et non avenu et que cela n’a pas amené des bouleversements importants dans la vie de la société belge."

2. Michel Ghins : Philosophe, président d’"Action pour la famille"

Après l’adoption des lois sur le mariage et l’adoption par des couples homosexuels, quel bilan tirez-vous ?

C’est relativement peu de temps pour avoir une évaluation des changements que cette loi a produits. Les statistiques montrent que le nombre de mariages par des personnes de même sexe s’est stabilisé autour de 1 000 mariages par an, qu’il y a un nombre de divorces d’environ 45 % par an. Concernant les adoptions, il y en a très peu par des couples homosexuels mariés, auxquelles il faut ajouter un grand nombre d’adoptions par des personnes seules. Cela a changé la perception dans la société. Il y a des aspects positifs, pour lutter contre la discrimination dont font encore l’objet des personnes homosexuelles. D’un autre côté, il y a des aspects négatifs. Juste après la loi ouvrant l’adoption aux couples de même sexe, la Communauté française a publié une brochure qui est toujours disponible sur son site dont le titre est "Combattre l’homophobie, pour une école ouverte à la diversité" et cette brochure, sous prétexte d’un idéal et d’un objectif tout à fait louables présente des aspects qui sont une promotion de l’homosexualité et qui font en sorte que, dès l’école primaire, les pratiques homosexuelles devraient être considérées comme étant de même rang que les pratiques hétérosexuelles.

Et cela, vous n’êtes pas d’accord ?

Effectivement, parce que je crois qu’il est important de dire aux jeunes que s’ils ne peuvent pas faire autrement qu’être homosexuels, ils doivent assumer les conséquences et les difficultés associées à ce type de vie. Malheureusement, les suicides sont toujours plus importants chez les personnes homosexuelles. Il faut donc prévenir les jeunes des difficultés et ne pas présenter les relations homosexuelles sur le même pied que les relations entre deux personnes de sexe différent.

Vous vous êtes opposés à l’adoption de ces lois. Vos arguments de l’époque sont-ils restés les mêmes ?

Depuis dix ans, il y a quand même un certain nombre d’éléments qui sont arrivés et qui nous donnent raison. Il y a des études qui commencent à paraître aux Etats-Unis qui tendent à montrer qu’il est quand même mieux de vivre dans un milieu stable avec un papa et une maman. Il y a aussi des témoignages de personnes qui ont été élevées dans des familles homosexuelles et qui font état des difficultés qu’elles ont rencontrées (scolaires, consommation de drogue, problèmes psychologiques).

Comment expliquez-vous le fait que la Belgique ait devancé la plupart des autres pays dans ce domaine ?

La Belgique a une grande tradition de tolérance et d’ouverture à la diversité que d’autres pays européens n’ont peut-être pas. Ensuite, ce n’est pas un secret que l’Eglise catholique n’est pas favorable aux unions homosexuelles et la Belgique est un pays fort déchristianisé, si on le compare avec plusieurs de ses voisins. L’influence de l’Eglise a donc fortement diminué dans la société dans son ensemble, mais aussi bien sûr au niveau politique.

Pourquoi la France est-elle si divisée ?

Les Français expriment plus facilement leur opinion. Il y a un débat d’idées qui n’existe pas en Belgique. Les personnes qui ne sont pas d’accord avec le projet de loi dit du mariage pour tous s’expriment davantage. Il y a un débat public intense. En plus, viennent se greffer une situation de crise économique, de contestation du gouvernement socialiste, et un certain nombre de personnes opposées aux socialistes profitent de cette occasion pour manifester leur opposition et faire cette grande manifestation dimanche à Paris.

Y serez-vous ?

J’y participerai. Nous avons appelé les sympathisants d’Action pour la famille à se rendre à Paris en autocars. J’y vais parce qu’il est important de soutenir le combat de ceux qui en France défendent le droit de l’enfant à avoir un père et une mère, comme l’indique d’ailleurs la déclaration universelle des droits de l’enfant.

"Il y a des témoignages de personnes qui ont été élevées dans des familles homosexuelles et qui font état des difficultés qu’elles ont rencontrées (scolaires, consommation de drogue, problèmes psychologiques)."