Depuis le printemps dernier, nous sommes devenus les spectateurs attentifs de la première pandémie du XXIe siècle. Tragédie sanitaire, vaudeville des masques, ballet des ministres, paradoxes des personnages, tous les ingrédients d’un grand spectacle s’y retrouvent ! Angoisse, stupeur, tendresse, solidarité, incompréhension, chagrin, lenteur, résignation nous traversent et nous emportent !

Ce spectacle total nous tient en haleine et domine les médias, les conversations, le quotidien de la planète entière depuis le mois de mars, relayant tous les autres sujets au second plan, quels que soient leur nature et leur urgence.

Quel succès planétaire pour ce récit unique : ce petit virus et le grand spectacle qu’il nous offre depuis presque une année furent d’une efficacité redoutable pour nous ouvrir les yeux sur le monde et son fonctionnement.

Le Plan Sophia

Nous, citoyens, des spectateurs ? Ne sommes-nous pas des acteurs du présent pour un avenir meilleur ? Serions-nous justes des figurants ? Des acteurs passifs ?

Depuis le printemps dernier, le besoin de faire entendre nos voix, de proposer d’autres récits, d’autres héros, d’autres épilogues grandit.

Au sein du secteur des arts et de la culture, bien sûr, mais aussi parmi tous les autres secteurs de la société.

De nombreuses prises de parole publiques en attestent : nous, ou du moins une partie du nous, désirons transformer l’organisation de nos sociétés, y placer l’humain au centre en remettant l’économie à une place d’outil pour prendre soin des essentiels.

En mai dernier, porté par le Resilient Managment Group, le Plan Sophia est né.

Rédigé par des scientifiques et des entrepreneurs, ce plan envisage de nombreux domaines pour enclencher immédiatement la transition vers une économie durable, pour éviter de nouvelles crises systémiques qui seraient inévitables si la relance se faisait à l’identique.

Il se structure en pôles : consommation, finance, agriculture et alimentation, santé, sécurité sociale, énergie, transport, gouvernance, enseignement...

La place de la culture

Une poignée de travailleurs des Arts et de la Culture viennent compléter aujourd’hui ce plan, rejoignant ainsi tous ceux et celles qui se mettent en marche vers un futur capable de résilience et de résistance solidaire aux chocs des dérèglements climatiques, sociaux, économiques, politiques à venir.

Oublié dans un premier temps, ce secteur a forcé sa reconnaissance durant la crise, notamment lors de débats au Parlement : pour la première fois des élus ont découvert la réalité économique de la vie culturelle et artistique dans notre pays, loin des clichés de l’artiste doux rêveur.

La préoccupation première des acteurs culturels a été d’assurer la survie des plus précaires, de poser les balises pour fonder un vrai statut d’artiste pendant qu’une réflexion était lancée sur la relance du secteur basée sur la création.

À l’image de ce que ces hommes et femmes ont réalisé dans la démarche collective et collaborative du Plan Sophia, nous avons tenté de questionner les modes de fonctionnement du secteur des arts et de la culture pour prendre part à ce chantier ambitieux et nécessaire.

Que pourrait être un monde d’après dans le secteur culturel ? Comment la culture peut-elle être un acteur de la transition ? Le fonctionnement actuel du monde culturel est-il à l’abri de l’idéologie néo-libérale ? Chacun a-t-il les moyens de s’approprier le champ de la culture, d’en être un acteur, dans une démocratie vivante ? Ces questions nous ont amenés à formuler plusieurs propositions :

  • Relier la problématique du statut d’artiste à celle du revenu universel ;

  • Renforcer l’initiation à la création et aux langages artistiques dans l’éducation et la formation ;

  • Renforcer et dynamiser la création d’événements culturels en circuits-courts et éco-responsables ;

  • Valoriser et cultiver la biodiversité locale ;

  • Valoriser le voisinage des identités multiples francophones, flamandes et germanophones, enrichies des cultures de la diversité, comme un laboratoire unique au cœur de l’Europe ;

  • Renforcer l’encadrement et la réflexion autour des outils numériques.

Celles-ci sont détaillées sur le site www.groupeone.be/plansophia et sont la base d’une réflexion pour une refondation du vivre ensemble où la culture a un rôle majeur à jouer.

Il nous semble qu’il y a urgence à considérer l’ensemble des propositions du Plan Sophia et la crise que nous traversons est une formidable opportunité de repartir autrement…

Contributeurs "Culture, Arts et Transition du Plan Sophia" : Claire Gatineau, Marc De Koker, Jacques Liesenborgh, Sarah Colasse, Marie Godart, Charlotte Jacquet, Delphine Jenart, Kurt Pothen, Viola Streicher

Signataires « Culture, Arts et Transition du Plan Sophia » : Céline Baijot, Mohamed Bari, Fred Becker, Natacha Belova, René Bizac, Claire-Hélène Blanquet, Antoinette Brouyaux, Lucie Burton, Samuel Coomans, Marie Coppens, Éric Corijn, Dominique Corridor, Patrick Chaboud, Jan Daems, Galia Debacker, Bernard Foccroulle, Carla Fontès, Jean-Michel Frère, Emmanuelle Greindl, Yves Hanosset, Manuel Hermia, Cécile Hupin, Patricia Ide, Philippe Kauffmann, Florence Klein, Dominique Lamy, Jean-Fred Lambert, Thierry Lefèvre, Michel Liégeois, Isabelle Limbort, Marie-Ghislaine Losseau, Virginie Mamet, Brigitte Petit, Jean-Luc Piraux, Elias Preszow, Jean-Luc Slock, Barbara Sylvain, Rogier Van Eck, Carlos Vaquera, Laurence Vielle