Une opinion de Monique Cooreman.

Ma Maman, âgée de 90 ans cette année, vit en résidence médicalisée à Wavre.

Je vis en France, mais je reviens en Belgique une fois tous les deux mois en alternance avec ma sœur qui vit en Suisse, et cela pour une semaine, afin de visiter ma Maman.

Lors de ma semaine en Belgique, j’ai été « autorisée » à passer une heure avec elle dans sa chambre, en me soumettant à une procédure tout à fait démesurée, digne de l’univers carcéral : pas de montre, pas de bijoux, pas de téléphone, pas de fleurs ou d’objet venant de l’extérieur.

En entrant dans sa chambre, j’ai été surprise de constater que la configuration en avait changé : sans doute pour sa sécurité parce qu’elle passe plus de temps dans le grand fauteuil plutôt que dans sa chaise roulante.

Mais ma surprise s’est vite muée en tristesse, incompréhension, colère… Si le visiteur est dépouillé pour des raisons de sécurité sanitaire, quelle raison peut-il y avoir à dépouiller de son identité, de son passé, de ses repères la chambre d’une vieille dame ?

Sur son meuble de télévision plus une seule photo, son horloge silencieuse n’a pas été remontée, ses objets, petits carnets, petits albums, bijoux, ont été relégués derrière son lit dans un désordre inacceptable, désormais hors d’atteinte de sa seule main valide.

Son élégant petit bureau ne ferme plus : tout ce qui était de l’ordre de ses affaires personnelles y a été entreposé n’importe comment. Maman n’a jamais été la reine de l’ordre , mais là c’est franchement le « bordel » comme on dit en Belgique !

Je cherche, pour feuilleter avec elle, ses revues Névéo. Vous savez ces albums photos bien utiles quand on vit éloignés -comme c’est mon cas- pour maintenir le lien ?

Il y en avait deux, perdus au milieu du désordre de sa chambre.

Ils n’avaient même pas été ouverts. Le sentiment de tristesse qui m’a envahie ne m’a pas encore quittée quand j’écris ces lignes.

Comme si les mesures draconiennes dues à la pandémie ne suffisaient pas, on isole ces personnes fragiles, les privant de leurs rares liens à la vie, à leur famille, à leur passé, elles qui devraient être entourées pour ne pas finir seules.

Si le personnel de la résidence ne peut plus prendre un peu de temps (à cause de cette pandémie) pour pouvoir ne fût-ce que lui ouvrir son courrier (puisqu’elle n’a qu’une seule main valide), ou pour ranger un peu sa chambre, où va-t-on ?

Nous avons demandé que la dame de compagnie puisse venir pour le bien être moral de Maman. Qu’elle puisse lui rendre sa chambre un peu plus agréable, que Maman puisse avoir son petit « chez soi » accueillant, ses repères. Mais sans succès !

Maman a été infirmière pendant des années, elle a pris soin de ses patients avec de l’amour, je pense qu’elle mérite d’être aussi chouchoutée.

Qui veut-on protéger par ces mesures sanitaires extrêmes ? les infirmières et les aides-soignantes qui font un magnifique boulot, ou nos parents qui certes sont fragiles mais ont cruellement besoin de contact et d’amour… ?

Avec les restrictions mises en place depuis le 24 juillet, je ne peux même plus venir la voir dans sa chambre, puis qu’on nous autorise 20 minutes par semaine derrière une vitre. Est-ce normal qu'une résidence pour personnes âgées du Brabant Wallon n’autorise qu’une seule visite par semaine, pour une personne uniquement, pendant 20 minutes maximum ?!? Mais surtout est-ce humainement acceptable ou souhaitable ?

La résidence nous dit qu’elle « appliquerait les mesures imposées par l’Aviq ». Nous avons donc contacté l’Aviq et avons consulté leur site. Voici l’extrait correspondant aux mesures pour les résidences :

« Durant la journée et à partir de ce 29 juillet 2020, les résidents qui le désirent pourront sortir de l'établissement au maximum une fois par semaine pour retourner en famille quelques heures ou faire des courses ou se balader ou aller au restaurant... .. Ils porteront un masque chirurgical mis à leur disposition par l'établissement et se soumettront aux procédures d'hygiène des mains ». Source du site de l'Aviq.

Voilà. Je n’ai pas pour habitude de déballer mes états d’âme sur la toile, mais là je craque. Et j’espère que d’autres familles de résidents se sentiront concernées, et qu’on pourra ensemble donner à nouveau à nos parents l’affection qu’ils méritent.