Ali DADDY et Marc GUIOT

Ali Daddy est l'auteur du livre «Le Coran contre l'intégrisme»

La laïcité belge se cherche un nouveau Président pour succéder au bouillant Philippe Grollet qui quitte la barre du CAL après 19 ans de bons et loyaux services. Seuls les laïcards historiques purs et durs regretteront son style heurté devant les caméras, sa brusquerie vacharde face aux représentants des cultes reconnus et en particulier sa morgue acerbe face au personnel ecclésiastique catholique, au Vatican et à son patron.

D'aucuns préféreront à ce laïc de combat à la dégaine d'éternel étudiant le profil plus nuancé d'un Paul Damblon, plus argumenté d'un Hervé Hasquin ou le style plus flamboyant d'un Guy Haarscher. Ils ne sont pas candidats à la succession. On peut le regretter car ils ont compris qu'à l'ère de la sécularisation, devant la montée des périls intégristes et face au succès des valeurs laïques - les Français diraient républicaines -, le discours du Centre d'action laïc se doit de prôner le dialogue avec des représentants modérés du camp de la foi pour affaiblir le camp de plus en plus menaçant des fondamentalismes et des fascismes, en particulier islamiste ou flamingant.

La laïcité belge triomphe dans le débat d'idées mais elle vieillit. Elle doit, au-delà du combat pour son financement équitable, faire face à trois défis:

- le déclin de l'enseignement officiel face à une école catholique qui draine les jeunes élites;

- la montée des intégrismes religieux et politiques;

- et, challenge des challenges, la difficulté du vivre-ensemble dans une société écartelée en quête de cohésion sociale, une Belgique plurielle et une Europe de la diversité.

La laïcité belge se cherche un nouveau visage, plus ouvert, plus humain, plus interculturel. Le masque triomphaliste et arrogant ne lui sied plus dans un contexte qui n'est plus celui d'il y a vingt ou trente ans. La laïcité comme la démocratie sa soeur jumelle a changé d'adversaires. De même que le Parti socialiste, dont les challengers de Grollet se réclament, a posé un geste audacieux en mettant à sa tête un fils d'immigré surdoué, la laïcité se doit d'innover avec audace en se choisissant non pas un laïc historique mais un laïc du troisième millénaire. Chemsi Cheref Khan est cet homme de la synthèse interculturelle, si nécessaire de nos jours.

Comme son nom ne l'indique pas, Chemsi Cheref Khan est belge, francophone, universitaire et libre exaministe. Musulman éclairé et subtil, il est laïc depuis des générations, dans le sillage de Mustapha Kémal que son père turc et et sa mère kurde admiraient mais pas de manière inconditionnelle. Il est élève de Galatasaray qui n'est pas que le patronyme d'une équipe de football turque mais également le nom du meilleur lycée non confessionnel et francophile d'Istanbul, véritable pépinière d'élites cosmopolites.

A ces titres, et par son profil d'intellectuel tolérant, de gestionnaire expérimenté et de négociateur tenace, Chemsi Cheref Khan est celui qui est en mesure de lancer un signal fort en direction de tous les musulmans modérés de ce pays - et ils sont largement majoritaires -, en direction également des chrétiens et des Juifs laïcs - il sont largement majoritaires dans leur camp - et surtout de la laïcité organisée. Cela afin que tous comprennent qu'il n'y a pas de salut en Belgique et en Europe en dehors d'une laïcité de fait et de conviction qui exige la séparation de la sphère publique et de la sphère religieuse, qui porte haut les droits de l'Homme et de la Femme, les valeurs des Lumières et surtout un véritable dialogue entre les cultures. Car l'Europe sera interculturelle, cosmopolite et plurielle - à l'image de Bruxelles sa capitale - ou elle ne sera pas.

(1) E-mailrefletmaga@yahoo.fr

© La Libre Belgique 2006