Une opinion de Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques au CECID (ULB) et auteur de "Daech la suite" (éditions de l’Aube, 2019)

Il est consternant voire incompréhensible que les organisateurs du Rallye-Dakar aient choisi en janvier 2019, trois mois seulement après l'assassinat du journaliste Jamal Kashoggi, d'exporter la course en Arabie saoudite ! L’installer du 5 au 17 janvier 2020 dans un tel régime autoritaire, fait de sable, de déserts, et d’oasis, soi-disant sécurisé, c’est oublier la politique interne du pays et la mauvaise réputation de celui-ci termes de droits humains avant tout.

A commencer donc par la situation de la minorité LGBTQ dans ce pays. Si 70 pays punissent encore dans le monde l’homosexualité de la peine capitale, l’Arabie Saoudite en fait bien partie avec les Emirats-Arabes-Unis et le Yémen. Un trio peu reluisant vu l’évolution mondiale ces dernières années de la cause "rainbow". A ce sujet, doit-on rappeler la sanction et l’amende qu’a eu à écoper une école privée en 2015 qui avait eu la mauvaise idée de peindre un arc-en-ciel sur sa façade ?  Des parapluies multicolores avaient même fait scandale lors d’une fête de l’Aïd. En Arabie saoudite, on vit sur une autre planète en termes de questions de genre. Même la célèbre chanteuse pulpeuse Nicki Minaj, dont on se demande bien ce que les rigoristes Saoudiens lui trouvent, et qui s’était vu offrir un contrat mirobolant, a annulé son concert en soutien à la communauté LGBTQ en 2019 ? 

Quid donc de tout cela pour David Castera, le nouveau directeur du Paris-Dakar, nommé cette année en pleine tempête du désert à venir, et qui devra à un moment se positionner : que pense-t-il des homosexuels qui sont lapidés en public et exécutés en Arabie Saoudite? Notamment les 5 décapités en 2018, qui n’étaient même pas tous Saoudiens, et dont les cas ont été largement évoqués par CNN ? Quid de la situation des transgenres, à commencer par les deux Pakistanais qui ont été torturés à mort en 2017 ? Quid dans un pays où seulement déjà hommes et femmes sont séparés dans les stades ? Comment cela se passera-t-il lors du Rallye Dakar pour les amateurs ?

Le symptôme d'un mal plus profond

Mais la question du Rallye Dakar en Arabie Saoudite dépasse aujourd’hui largement la question épineuse des LGBTQ. 

Il y a encore peu, il était difficile d’imaginer que la course version 2020 se déroulerait en vase clos, dans un pays fermé au tourisme, et qui c’est rien de le dire ne bénéficie pas de la meilleure des images depuis que Mohamed Ben Salmane est devenu le prince héritier et a multiplié les bévues, les assassinats politiques, les guerres meurtrières pour son propre intérêt. Tout cela au nom de la sécurité, alors que Riayd mène une guerre depuis cinq ans au Yémen qui ne la met même pas à l’abri des missiles des rebelles houthis. Il faudrait évoquer bien sûr le cas de Jamal Khashoggi exécuté il y a un an à l’ambassade de son pays en Turquie mais aussi la situation des blogueurs comme Raïf Badaoui, célèbre par son site pour s’être battu pour les droits humains minimum dans son pays et emprisonné depuis des années en terre saoudienne. Le traitement de la question LGBTQ est bien le symptôme de quelque chose de plus profond en Arabie saoudite. 

Si le pays a longtemps fait partie des pays les plus fermés au monde, plus personne ne peut plus ignorer ce qu’il s’y passe au quotidien pour ses ressortissants. Légitimer un peu plus la politique dangereuse de MBS et de tout un pays en faisant venir le Rallye-Dakar et toutes les caméras du monde entier, alors qu’il sème le chaos dans la région et l’horreur dans son pays, est suicidaire. Avant tout pour ses minorités, à commencer par les homosexuels, qui continueront à être éliminées une à une dans l’indifférence et en dehors des écrans de télévision une fois le Rallye-Dakar achevé. Quelques grands sponsors habituels sont déjà sur le point d’annoncer leur défection.