Dans ce petit coin prospère bordant la mer du Nord, où on est tellement obnubilé par la richesse matérielle, il existe apparemment aussi un grand degré de générosité. Une chronique signée Jan De Troyer. 


Depuis quelques jours, 42 candidats réfugiés syriens ont trouvé logement à Coxyde, dans les bâtiments de la base aérienne. Sept enfants ont été accueillis dans les écoles de la commune. Et cela n’a pas provoqué d’émeutes, contrairement à ce qui s’est passé aux Pays-Bas. Une réunion d’information, organisée par la commune en collaboration avec Fedasil, l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile, a rassemblé quelque 400 habitants de la station balnéaire.

A l’exception d’une minorité marginale de xénophobes purs et durs, qui existera toujours, même s’il n’y avait pas d’afflux massif de réfugiés, les habitants de Coxyde se sont montrés intéressés par la façon dont les responsables abordent la situation. Coxyde a accueilli, depuis quelques années déjà, une quarantaine de réfugiés, sans que cela pose problème.

Mais on se pose bien sûr des questions sur l’impact du nombre plus élevé de réfugiés - 400 au maximum - qui pourraient prochainement trouver résidence provisoire à la base aérienne. On a appris par exemple que, par mesure de sécurité, toutes les armes et les munitions ont été évacuées de la base pour la durée de l’opération d’accueil.

Une fois de plus, on découvre un remarquable degré d’irrationalité dans les esprits. Selon les recherches sociologiques, les Flamands seraient réticents à l’égard de personnes d’une appartenance religieuse ou culturelle différente. Cinquante pour cent des interrogés s’opposent à l’octroi du droit de séjour définitif aux réfugiés et la moitié des Flamands préfère toujours que leur quartier soit une oasis insulaire de l’homme blanc. Mais dans la réalité quotidienne et sur le plan local, quand elles sont menacées d’expulsion, les personnes d’origine étrangère sont soutenues par leur voisinage flamand.

On en a eu plusieurs exemples récemment : quand les médias révèlent les péripéties personnelles et le désir réel d’intégration d’un demandeur d’asile, la solidarité se répand très vite. Et malgré la popularité des champions de la fermeté à l’égard des nouveaux venus, comme Maggie De Block ou Bart De Wever, les cris d’indignation émotionnelle se font entendre partout en Flandre quand il s’agit de renvoyer un chercheur d’asile qui s’est bel et bien intégré.

On a pu détecter la même ambivalence jeudi passé à Coxyde. Les autorités communales, répondant aux questions, ont dû admettre qu’à l’heure actuelle, le vrai problème est l’impuissance de répondre aux innombrables offres d’aide. Les bénévoles qui ont offert de donner des leçons de néerlandais ou de prêter main-forte d’une autre façon, devront patienter jusqu’à ce que l’organisation soit plus au point.

Dans ce petit coin prospère bordant la mer du Nord, où on est tellement obnubilé par la richesse matérielle, il existe apparemment aussi un grand degré de générosité.

Cela n’empêche évidemment pas que les Coxydois ont leurs craintes. Toujours lors de cette réunion, une dame s’est inquiétée du fait que la moitié des réfugiés qui arrivent en Belgique sont des hommes seuls, issus de sociétés machistes. Le bourgmestre a répondu que la présence de tant de beauté masculine dans les rues de sa commune devrait plutôt ravir les femmes à la retraite. La boutade n’a pas fait rire tout le monde. Mais il est vrai qu’un peu d’exotisme ne va pas nuire à Coxyde. Et peut-on s’imaginer l’étonnement de ces mâles musclés en bermuda peau de tigre le jour où ils découvriront ces étranges pêcheurs de crevettes sur nos plages ?