Une carte blanche de Violette de Launoit, rhétoricienne. 

Corona. Covid. Covid-19. Le Covid. La Covid. Ce mot nous envahit depuis maintenant plus d’un an. Pourtant, on ne sait toujours pas l’utiliser.

Par où commencer ? En tant qu’adolescente de 17 ans, j’ai tant de choses à dire. Mais que dire pour que le monde m’écoute ? Que dire pour que les politiciens réagissent ? Que dire pour que les choses changent ?

Commençons par le début. 

Le monde s’arrête mais nous avons l’illusion que cela ne durera pas. Le mot "confinement" n’est qu’un mot rigolo qui ne nous est pas encore familier. Les gens deviennent fous et font des stocks de nourriture mais c’est normal, ils ont peur. Les choses finissent par se calmer et le confinement se met en place. 

Les semaines passent et le confinement perdure. On mange, on travaille beaucoup, on dort, on joue et on apprend à redécouvrir sa famille. Un confinement, ce n’est pas si mal après tout. On est bien là, on profite de ces petits moments. 

Et puis, les choses s’enveniment. Le temps se fait long. Les gens deviennent paranos. Les relations humaines sont de plus en plus étranges dans les magasins. 

Et d’un coup, tout bascule. On ne voit plus le bout. Les parents ne savent plus quoi nous dire pour nous rassurer car ils ne sont pas sûrs de l’être eux-mêmes. À la maison, ça crie, ça pleure, ça s’énerve, ça disjoncte. On ne contrôle plus rien et on veut vivre à nouveau. On veut voir nos amis, on veut aller au restaurant, on veut rire, on veut apprendre, on veut découvrir. 

C’est la première fois depuis 17 ans que je ressens ce sentiment, un sentiment d’impuissance face au monde qui m’entoure. Le pire, dans tout cela, c’est la culpabilité qui me ronge. Je me sens coupable de pleurer alors que je suis privilégiée. J’ai un toit, une famille, à manger, un jardin, des amies avec qui je peux discuter, bref, j’ai tout pour être heureuse. Mais je pleure. Je pleure parce que je rate quelque chose. J’angoisse parce que je n’ai plus d’équilibre de vie. Je suis triste parce que ma routine de vie me manque. J’ai peur de ne pas en voir le bout. Je ne veux pas rater les plus belles années de ma vie. On perd notre temps et ça, je ne peux pas le contrôler (et oui, je suis une vraie scorpion, je veux toujours tout contrôler) et ça me stresse. J’ai envie de voyager, de rigoler, de rencontrer, de découvrir, de tomber amoureuse, de grandir, de rire, de pleurer, de chanter, de danser, de crier, de tomber, de me relever, d’apprendre, de m’énerver, de me sentir libre, bref, d’avoir 17 ans. Je me sens bloquée. J’ai beau passer un chouette week-end, le dimanche soir, la réalité ne cesse de me rattraper au galop : on ne vit plus. 

Je perds petit à petit cette flamme d’espoir d’adolescente qui me faisait vibrer. Celle qui me permet de vivre chaque jour si intensément. Ma solution face à ce problème : je vis chaque jour avec deux fois plus de passion, de joie, de rires, de pleurs, d’amour et d’émotions. Je rattrape le temps perdu en cherchant l’adrénaline et l’euphorie des jours importants. J’aime la vie et ça, je ne l’oublie pas. J’aimerais juste récupérer ce qui m’appartient : mes années d’insouciance. On est tous dans la même situation alors j’ose espérer que les choses changeront plus vite si nous crions ensemble. 

Crions que nous n’en pouvons plus. Crions à l’aide. Crions : "Rendez-nous notre rhéto".

Merci.