Une opinion de Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant.


Il y a quelques jour à peine, un enseignant convaincu que l’arrivée du MR dans les négociations gouvernementales en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles pourrait remettre en question le Pacte pour un enseignement d’excellence, proposait dans une opinion publiée par La Libre de laisser le choix aux écoles d’adopter le "tronc commun" ou de continuer "à l’ancienne".

Depuis belle lurette, les partisans du tronc commun polytechnique, culturel, sportif et artistique (jusqu'à la troisième secondaire) se heurtent à l'argument massue de ses opposants: le tronc commun va prendre en otages les élèves et va décourager de l’école celles et ceux qui sont déjà au clair sur leur vocation !

Un autre enseignant, professeur d’université à Liège, dans une autre opinion publiée en juillet 2017 sur le site de La Libre suggérait que "l’on fasse lire à nos jeunes Proust et Voltaire, qu’on les immerge dans ce monde de la pensée occidentale génératrice des Lumières (…)". A défaut, dénonçait-il, "nous allons fabriquer des veaux de la génération Facebook qui se passionneront pour les photos des plats mangés par leurs copains mais ignoreront l’existence même des grands courant de pensée qui nous ont façonnés.(…)". Mais il relevait plus loin que "ce type d’enseignement ne convient pas à tous nos enfants. Il suffit de s’en rendre compte et de les orienter vers l’enseignement professionnel". En résumé, pour cet éminent professeur, nous devions accepter que l’enseignement obligatoire c’était, de fait, les Lumières pour les uns et les photos des plats mangés par les copains pour les autres.

Soyons de bon compte: celles et ceux qui, à 12 ou 13 ans, ont déjà trouvé leur "vocation" ce sont surtout celles et ceux qui souhaitent se tourner vers l'enseignement technique ou qualifiant, plutôt que vers de longues études universitaires. Parce qu'ils veulent d'abord échapper à une école qui ne valorise qu'une forme d'intelligence, classique, académique et abstraite. C’est bien à cela que le tronc commun apporte justement une réponse concrète en offrant à chaque enfant une palette d'apprentissages et de découvertes qui les aideront à découvrir la diversité des possibles selon leurs envies, leurs capacités et leurs compétences. Et leur permettre de faire, en conséquence, le meilleur choix pour la suite de leurs études.

Au terme de ce véritable tronc commun polytechnique jusqu'à 15 ou 16 ans, chaque élève pourra, en connaissance de cause, opter pour une spécialisation pour la suite de sa scolarité. En choisissant soit l’enseignement général pour accéder à l'université et aux hautes écoles, soit, via un choix positif et non par relégation, l’enseignement technique. Ou encore en choisissant l’enseignement en alternance rémunéré, en lien avec le monde de l'entreprise qu’il conviendrait de renforcer.

On sait peu de choses des métiers de demain. On sait seulement qu'ils demanderont sans doute des qualifications scientifiques et technologiques plus importantes, couplées à d'importantes facultés d'adaptation. Dans un "fast-monde" qui change au gré des découvertes techniques et technologiques, des crises et des bouleversements géopolitiques, il n'y a résolument rien de plus idiot et de plus assassin que de pré-formater des enfants pour un métier précis. Enfin si, il y a pire: pré-formater des enfants pour un métier, dont tout le monde sait que beaucoup d'entre eux ne pourront jamais l’exercer.

Titre de la rédaction. Titre original : "Rentrée scolère !"