Une opinion de Stéphanie, 22 ans, participante à un atelier d'écriture donné par Scan-R (1).


Les comptes Instagram les plus remplis appartiennent aux filles les plus vides. Ce vide, parlons-en… Aujourd’hui, j’ai l’impression que rien ne me comble et que tout autour de moi est superficiel.

Prendre sa taille en centimètres, retirer 10 des dizaines, et vous obtiendrez votre poids parfait pour votre taille". D’où cette idée a bien pu me venir ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Si on me l’a dit ? Si je l’ai inventé ? Si je le ressens comme imposé par la société ? Tout cela est également flou. Cependant, ce dont je suis sûre et certaine, c’est qu’encore aujourd’hui, le sujet de mon poids m’obsède, me brûle de l’intérieur, me rend folle.

Nouvelle vie, même soucis

Je repense à ma rentrée à l’université, stressée à l’idée d’y aller. Ouverture d’un nouveau chapitre de ma vie. Je repense aussi aux huit kilos que j’ai perdus, aux trois qui ont suivi. Je repense à ce mal-être, intrinsèquement lié à mon obsession du poids, de l’apparence. Je repense à ce sentiment désagréable de m’en vouloir à chaque fois que je mangeais autre chose qu’un fruit, qu’un légume. Je repense à ce carnet dans lequel j’écrivais tout ce que je mangeais, toutes les calories que mon corps ingurgitait. Sur deux heures, cela ne pouvait pas excéder 600 calories, je me l’étais interdit. En cours c’était dur. Les soupers entre amis et en famille l’étaient aussi. C’était mentir en permanence. Se sentir seule, car personne ne te comprend. Je repense à la musique que je mettais - et mets encore parfois - à fond, pour que personne ne m’entende pleurer. Je repense aux larmes qui ont été versées, beaucoup de larmes.

L’apparence est une crasse et je n’arrive toujours pas à m’en détacher. C’est se regarder dans chaque miroir, chaque vitrine. C’est se prendre en photo souvent, pour essayer de te convaincre que tu es belle. Au final, elles sont toutes supprimées car toujours quelque chose cloche. Les comptes Instagram les plus remplis appartiennent aux filles les plus vides. Et ce vide, parlons-en. Je me sens vide, j’ai l’impression que rien ne me comble et que tout autour de moi est superficiel : les amours, les amitiés. J’ai l’impression que tout est éphémère, tout comme la beauté, cette beauté si difficile à posséder. Se sentir bien dans sa peau c’est un réel combat.

Toute seule

Je pense à ma mère, qui n’est et n’a été d’aucun soutien. J’avais tellement d’espoirs placés en elle. C’est ma maman. Elle devait comprendre. Comprendre mes peurs et mes angoisses tellement communes à tant de filles à travers le monde. C’était et c’est toujours son rôle. Avec elle, c’est "sois belle et tais-toi" ou "si tu es malade, sache que tu as intérêt à aller mieux toute seule, car jamais je ne t’emmènerai chez un médecin".

Aujourd’hui je vais mieux, même si je ne vais pas bien. Je ne suis pas guérie, car je pense que l’on n’en guérit jamais réellement. Et même si c’est douloureux, je suis fière du chemin que j’ai parcouru jusqu’ici. Je suis fière de parvenir à parfois arriver à en parler, malgré la rapide montée de larmes. J’espère avoir la chance de fonder une famille. Si cela devait arriver, un jour, je serais toujours fière de mes enfants, toujours heureuse de les assister à traverser des périodes plus difficiles. Je sais que c’est dur et je sais que je n’ai pas été soutenue. Eux, je voudrais les aider à combler ce vide, en espérant avoir réussi à combler le mien.

(1) : Scan-R est une association qui accompagne des jeunes de 12 à 30 ans pour les aider à s'exprimer par écrit. La finalité de ce projet est de permettre aux jeunes de se raconter sur des sujets dont ils sont acteurs ou témoins.