Une opinion de Urielle Beyens, résidente en Chine.

C’est irréel. À l’aéroport, le décor ressemble à un film au scénario hollywoodien. Tout le monde porte un masque sans exception, depuis les bébés dans leurs poussettes jusqu’au personnel, en passant par les nettoyeurs. La voix sortant des haut-parleurs répète en boucle que, à cause du coronavirus, tout le monde est requis de porter le masque chirurgical. On doit déclarer si l’on vient de Chine ou de la région du Hubei et faire savoir immédiatement si on ressent des symptômes de fièvre, maux de têtes ou vomissements.

Ces dernières semaines, et surtout derniers jours ont été tumultueux... Une fiction, de la folie, on avait tous du mal croire à ce qui était en train de se passer. Avec le recul, le plus difficile était de prendre une décision dans l’incertitude complète quant ce qui allait se passer dans les prochains jours, de quelles décisions et indications nous donneront les autorités chinoises. Rester ou partir ? Mais où aller? Toute la situation évoluait de manière inimaginable. Nous sommes finalement arrivés au Cambodge hier, on a rejoint d’autres amis "réfugiés". Nous n’étions pas sûrs d’y arriver, plus rien n’est prévisible dans ce chaos. Le Cambodge est un des seuls pays qui accepte des résidents de Chine. Une option pas chère "en attendant" de nouvelles décisions du gouvernement chinois et de savoir comment la situation évolue.

L'obsession du contrôle

Dans toute la Chine, à Taiwan, Hong Kong et au Japon, Vietnam, etc. tous les magasins sans exceptions sont en rupture de stock de masques et de gel désinfectant. Tous les emplois, écoles, universités, sont arrêtés, les vacances sont prolongées de une, deux, trois semaines, et tout le monde partout en chine est interdit de sortir de chez soi. Mes amis et collègues me racontent qu’ils sont barricadées, ils ne laissent sortir qu’un membre de la famille tous les trois jours pour faire des courses. La température est prise à l’entrée des stations de métro, à l’entrée des centres commerciaux et dans l’entrée de chaque immeuble d’appartements. Si par malheur l’appareil mesure de la fièvre, l’entrée est strictement refusée et la personne est obligé d’aller à l’hôpital. Si un seul cas est détecté, le bâtiment entier est placé sous quarantaine. Une amie me dit qu’elle ne sort que pour jeter les poubelles dans le couloir et retourne dans son appartement en courant. C’est l’état général de panique, tout le monde ne parle que de ça. Les rues sont vides, la grande majorité des chinois ne sont pas sorti de chez eux depuis 15, 20 jours.

Cela dit, l'atmosphère n'est pas toujours angoissante, beaucoup de blagues, articles et vidéos humoristiques circulent, comme cette vidéo assez drôle d'un jeune homme qu'on voit faire semblant de perdre complètement la tête chez lui à cause d l'ennui et de l'isolement. Nous suivons tous de très près le nombre de malades et de morts qui augmente chaque jour sur un lien wechat (le “WhatsApp” chinois) que nous ouvrons au moins chaque matin au réveil et chaque soir avant de dormir. Certains bars et restaurants au Japon affichent à l’entrée que les personnes qui résident en Chine ou en reviennent récemment ne sont pas autorisées à rentrer. Mes amis dont les vols de retour pour Shanghai ont été annulés quatre fois se sont fait offrir des masques et de l’alcool pour se désinfecter les mains à la réception de l’hôtel qu’ils avaient réservé au Vietnam, avant qu’on leur indique poliment que comme il viennent de Chine où il y a un “fameux virus”, ils doivent changer d’hôtel.

L'angoisse qui monte, inexorablement...

Mon inquiétude varie ces derniers jours. Au début je relativisais complètement. Chez nous à Shenzhen il y avait 80 personnes touchées par le virus (maintenant 360), mais qu’est-ce que 80 cas dans une grande ville comme celle-là ? Tout cela ne nous touchais alors que de très loin. Et puis un jour, des données plus détaillées sont apparues et l'on a appris qu’il y avait 50 cas de virus rien que dans notre district. Deux jours plus tard, une carte géographique montrait les parties de Shenzhen où les cas ont été recensés, et l'on découvrait que le site de construction juste à côté de chez nous en faisait partie. Et puis, Il y a de plus en plus d’articles et de vidéos qui circulent, selon lesquels la situation serait bien plus grave que ce que le données officielles affichent. Au fond, cela expliquerait les mesures totalement extrêmes prises par la Chine et la communauté internationale pour un virus qui n’a fait “que” un millier de morts. Certains d’entre nous commencent à lire plus d’articles et regarder plus de vidéos. J’ai vu des chiffres effrayant, supposés réels, qui sont 10 fois plus élevés que les nombres officiels…. Comment ne pas céder à la panique ?