Cette semaine, nous publions deux courriers des lecteurs. Les voici.

ULB VS Charlie Hebdo

Quelle honte ! 

La semaine dernière j’ai eu mal, mal à mon Alma Mater, l’ULB. J’ai ressenti un mélange de colère et de tristesse quand j’ai lu, abasourdi, que deux cercles étudiants, le cercle féministe et l’Union syndicale étudiante publiaient un communiqué s’offusquant de la venue de Charlie Hebdo à l’ULB dans le cadre d’un débat sur la liberté d’expression, traitant l’hebdomadaire de réactionnaire, participant à l’oppression des minorités. 

Quelle honte de qualifier un journal satirique qui a payé de la vie de treize de ses employés, sa défense acharnée de la liberté d’expression. Quelle honte d’inverser le rôle des bourreaux et des victimes, et de légitimer de fait la violence meurtrière des terroristes… en tant que représentants des minorités opprimées. Quelle honte faite à la mémoire des victimes, hommes, femmes, employés d’entretien, journalistes, psychiatres, qui eux sont (étaient) pluriels de par leurs métiers, leurs origines. Quelle honte de refuser le débat d’idée (le comble dans le cadre d’une conférence sur la liberté d’expression) et de jeter l’opprobre sur tout ce qui pourrait être considéré comme appartenant à la pensée déviante. Quelle honte de se réclamer du féminisme et de la gauche alors que les méthodes de tentative de censure utilisées relèvent du fascisme et de la censure religieuse. Quelle honte de qualifier de réactionnaires des femmes et hommes défenseurs de tous les combats sociaux, de tous les combats progressistes. Quelle honte de se dire humaniste alors que, dans les faits, chacun n’est plus défini par ces nouveaux censeurs radicaux qu’en fonction de son origine, de sa religion, de son genre sexuel et non pas par son appartenance au genre humain. Quelle honte de se croire garant d’un ordre moral, investi d’une mission supérieure, qui permettrait de proférer un appel clair à la violence (à en voir le déploiement de forces de l’ordre et de sécurité pour ce débat, cet appel indirect à la violence ne peut être mis en doute) contre des personnes qui ont vécu cette violence dans leur chair et vivent le risque de s’exprimer au quotidien. 

Aujourd’hui, plus que jamais, je suis libre-exaministe, je suis résistant. Résistant contre tous les fascismes même ceux qui avancent masqués. Aujourd’hui, j’ai relu "Le Semeur", chant de l’ULB : "À d’autres la sagesse, nous t’aimons, Vérité, mais la seule maîtresse, ah, c’est toi, Liberté !" 


Dr Philippe Violon, médecin (ULB), chef de service de neurologie des hôpitaux Iris Sud. 



Politique

L'Union ferait la force... des partis

Il est sidérant de constater l’impossibilité des partis actuels à se "parler", […] et a fortiori par-delà la frontière linguistique. Devant la multiplication des (petits) partis, et la difficulté de choisir au moment des élections, il serait judicieux que les partis de même tendance se réunissent à nouveau pour reconstituer un parti national (ex. : CD&V/CDH, MR/VLD, PS/SPA…) Pourquoi ? 

  • 1) Cela forcerait les politiciens du même bord de renouer le dialogue avec leurs homologues de l’"autre" communauté. […] 
  • 2) Cela induirait naturellement le bilinguisme chez tous les politiciens. 
  • 3) Cela permettrait au citoyen de pouvoir voter pour un politicien de l’autre communauté. […] 
  • 4) Cela faciliterait les négociations pour la formation d’un gouvernement : l’objet de discussions traverserait la frontière linguistique. Il y a en effet des sujets communs (environnement, climat, énergies…) dont il faut débattre ensemble. 
  • 5) Cela rendrait également la constitution des gouvernements régionaux et fédéraux plus homogènes : les mêmes alliances partout ? Et je pense aussi plus solides. On reviendrait à des plus grands partis (traditionnels), mieux à même de régler les grands sujets en "amont" (lors de la formation d’une coalition) et non "en aval" (en crise). 
  • 6) Le sort de Bruxelles serait ainsi pris en charge par les 2 communautés (partis réunifiés) et son sort et son financement en sortiraient clarifiés. 
  • 7) Cela permettrait également de redébattre ensemble de certaines matières de manière plus "fédérale", au lieu de touiller chacun dans son coin. 
  • 8) Cela permettrait certainement de minimiser aussi le poids des partis nationalistes. Les études montrent que seule une minorité extrémiste veut la scission du pays. Qui plus est, ces études montrent que cette scission n’est pas viable. 
  • 9) Le système institutionnel mis en place à coup de compromis ne marche pas, coûte très cher et est inefficace. Les partis de même tendance devraient avoir le courage de se reparler pour considérer les problèmes au niveau national […]. En conclusion, comment voulez-vous que le dialogue entre Wallons et Flamands se restaure si les gens qui nous représentent ne montrent pas l’exemple ? Évidemment, tout cela nécessite que nos responsables politiques fassent fi de leur ego et s’affichent en "homme d’État". N’est pas Churchill qui veut (ou qui peut) : "Un homme politique pense à la prochaine élection, un homme d’État, à la prochaine génération." Nous attendons vainement les hommes d’État pour sauver notre beau pays, pétri de talents.

Patrick Marchandise, ingénieur retraité