Opinions Aurélie Frankart; Assistante (Faculté de droit, UCL) et Jacques Laffineur; Conseiller aux études et chercheur (Faculté de droit, UCL)

Il ne faut rien exagérer mais il est vrai que la solidarité entre les étudiants, au sein de nos auditoires universitaires, n’est pas toujours exemplaire. L’on serait même tenté de dire que l’on constate de plus en plus souvent des comportements individualistes qui n’avaient pas cours auparavant.

Si une tendance au "chacun pour soi" parmi des étudiants en médecine soumis au numerus clausus peut sans doute s’expliquer - même s’il faut naturellement la regretter -, comment comprendre l’attitude d’autres catégories d’étudiants s’arc-boutant sur leurs notes de cours ou leurs "tuyaux d’examen" à seule fin de diminuer les chances de réussite des autres pour augmenter - le croient-ils du moins - les leurs ?

Et que dire d’autres pratiques comme celles-ci : des étudiants cachent, dans les rayons de la bibliothèque, les ouvrages pourtant indispensables à d’autres pour la réalisation d’un travail; des syllabi "pirates" sont véritablement marchandés par certains sans grand souci de la qualité du contenu; des séances d’exercices pratiques sont perturbées par des étudiants qui n’hésitent pas à mépriser leurs condisciples "osant" poser des questions pour tenter de mieux comprendre la matière.

Nombre de jeunes qui, au contraire, choisissent la solidarité et la coopération font avec bonheur l’expérience de valeurs essentielles et découvrent bien souvent que leurs chances personnelles de réussite s’en trouvent accrues. Par exemple, en s’engageant dans un rôle de "délégué de cours" ou en s’investissant dans un "kot à projets" actif dans le soutien aux études. Ou, plus simplement, en étant, au quotidien, attentifs aux difficultés des autres et ouverts à leurs demandes.

A travers leur parcours à l’université, ces étudiants découvrent ainsi, sans même le savoir, les bienfaits de la mise en œuvre de tout ce qui se rattache à un mouvement pédagogique dont les premiers pas furent accomplis, dès les années trente, par les tenants de ce qu’il est convenu d’appeler "l’apprentissage coopératif". Revitaliser aujourd’hui ce modèle prend tout son sens dans nos auditoires parfois surpeuplés où le grand nombre d’étudiants semble - curieux paradoxe - constituer davantage un frein qu’un incitant à l’entraide : "La coopération représente, sur un plan éducatif, économique ou social une réelle alternative à la compétition entre les hommes, à l’exclusion et à la violence sociale, éléments caractéristiques du libéralisme et du mondialisme qui imprègnent insidieusement le système éducatif dans toutes ses composantes."

Parmi les tendances se manifestant en ce sens, épinglons celle qui consiste à créer, notamment dans les bibliothèques, des espaces invitant les étudiants à travailler en petits groupes afin de permettre une réelle interactivité. De même, s’exprime de plus en plus, parmi les professeurs et les assistants, une prise de conscience de l’importance cruciale de méthodes plus participatives tels que les "cours à pédagogie active", l’usage de forums d’échanges sur Internet ou l’utilisation de véritables "campus virtuels".

En dépit de ces multiples efforts pour promouvoir la réussite, il faut déplorer un taux d’échec encore trop élevé, surtout au terme de la première année de baccalauréat qui est marquée par la difficile transition imposant à l’"élève" de devenir un "étudiant". Les initiatives spécifiquement dédiées à ces étudiants de "première génération" ne remportent pas toujours le succès escompté, et l’on doit se demander pourquoi des étudiants qui sont en difficulté ou en échec, en Bac 1, semblent si peu réceptifs aux dispositifs de soutien pédagogique qui leur sont proposés.

A l’UCL, en effet, ces dispositifs sont toujours conçus sur une base volontaire, partant de l’idée qu’il s’agit de responsabiliser de jeunes adultes dans leurs apprentissages. Une enquête récente indique que les étudiants qui choisissent de participer à ces activités d’aide considèrent qu’elles influencent positivement leur réussite. Voilà qui est encourageant !

Aussi, à côté d’autres actions similaires, va être mis en place à la Faculté de droit de l’UCL un projet qui permettra à tout étudiant de première année de se faire expliquer les matières de son programme par des étudiants-tuteurs de deuxième année ayant accepté de mettre leurs compétences au service de leurs "cadets". Une documentation destinée à faciliter la compréhension des cours sera également mise à leur disposition.

S’il est vrai que l’ensemble du personnel enseignant se tient à l’entière disposition des étudiants désireux de "poser leurs questions", ceux-ci éprouvent peut-être quelque réticence à dévoiler leurs faiblesses auprès d’un professeur ou d’un assistant et trouvent dès lors plus facile de se tourner d’abord vers leurs pairs : par exemple, pour avouer leur totale incompréhension de tel ou tel mécanisme d’économie politique qu’il faudra leur expliquer vingt fois avant qu’ils le saisissent enfin

Alors que l’on constate une demande accrue de "cours particuliers" que, dans un souci d’égalité de traitement de ses étudiants, l’université n’a pas vocation à organiser, des initiatives encourageant la coopération entre les étudiants pour augmenter les chances de réussite de chacun méritent d’être expérimentées. Outre les bienfaits pédagogiques que l’on peut en espérer, ne peut-on aussi en attendre une forme de responsabilisation des étudiants concernés ?

Devenus des acteurs de la réussite - non seulement de la leur mais aussi de celle des autres ! -, ils contribuent ensemble au processus de démocratisation de l’enseignement universitaire puisqu’ils participent à l’amélioration des chances de succès du plus grand nombre. Que peut-on leur souhaiter de mieux sinon que la "sortie" de leur année soit aussi réussie que leur rentrée ? Bonne rentrée donc à tous et déjà une bonne "sortie" !