Les Sabéniens fêtent ce mercredi un bien triste anniversaire: cela fait tout juste un an que la compagnie belge tombait en faillite. La Belgique connaissait alors le plus grand drame social de son histoire et la disparition d'une entreprise qui véhiculait un symbole d'unité.

Depuis, on a beaucoup dit et écrit sur les responsabilités de ce naufrage. Mais, depuis un an, les différents acteurs - politiques, économiques et sociaux - n'ont pas vraiment poussé très loin un examen de conscience que les milliers de Sabéniens sont pourtant en droit d'attendre. Le déroulement de la commission d'enquête chargée de faire toute la lumière sur les circonstances de la faillite est particulièrement révélateur à ce niveau. Qu'y a-t-on vu? Des témoins se renvoyant la balle sur la responsabilité du désastre: le management de la compagnie chargeant le conseil d'administration pourtant dominé par des Belges, les administrateurs belges s'en prenant aux vilains Suisses coupables de trahisons répétées et le personnel stigmatisant un management jugé incompétent et un conseil d'administration trop complaisant vis-à-vis de Swissair.

Au-delà de ce que pourra découvrir la justice sur d'éventuelles pratiques délictueuses, la vérité est que la faillite de la Sabena est avant tout un immense échec collectif. Celui de la démission d'un Etat pourtant majoritaire dans la compagnie et qui trop heureux de se débarrasser d'une `pomme pourrie´ a été anesthésié par la réputation et l'éclat du groupe suisse trop longtemps considéré comme une `banque volante´. Celui d'une `déresponsabilisation´ des organes de gestion où les administrateurs étaient réduits au rang de simples pantins, aux ordres d'un Etat actionnaire manquant d'une véritable vision stratégique à long terme. Celui d'un personnel soucieux de conserver ses privilèges et manquant de réalisme, persuadé que la Sabena vivait dans une bulle, protégée par le bouclier d'un Etat toujours prêt à jouer au pompier de service. Un tel système ne pouvait à terme qu'arriver au bout de sa logique. Swissair n'a finalement été qu'un facteur accélérateur de l'agonie finale, rien de plus. Reste à espérer que tout cela serve au moins à quelque chose et que l'exemple de la Sabena ne fera pas des petits dans d'autres entreprises publiques.

© La Libre Belgique 2002