Président des "Petits Riens" ASBL.

En ces périodes de grand froid, les médias ont coutume de braquer leurs projecteurs sur la situation dramatique des sans-abri.

Cette compassion à leur égard est certes sympathique mais largement insuffisante.

Comme l’indiquait, avec beaucoup de pertinence, Jean-Claude Matgen dans un récent éditorial (1), il ne faut pas oublier "que leur sort est peu enviable 365 jours sur 365".

Ainsi, à titre indicatif, c’est au mois de juin que les demandes d’hébergement de sans-abri dans la maison d’accueil des "Petits Riens" sont les plus nombreuses.

Dans une récente "opinion" (2), l’historien Patrick Gillard dresse un réquisitoire à l’égard de ceux qu’il qualifie de "professionnels de l’humanitaire" parce que ceux-ci préconisent "de faire le chemin vers eux (les sans-abri) en tout lieu de la cité, en tout temps". Patrick Gillard estime que les résultats de ce travail - qui est par ailleurs largement subsidié par l’Etat - ne seraient pas au rendez-vous. En effet, "force est de constater que les chances de réinsertion de la plupart des sans-abri sont quasi nulles" en sorte que, ce que Patrick Gillard appelle "le management de la misère" a encore de beaux jours devant lui. Il préconise dès lors un travail non seulement en aval, mais également en amont par le biais d’un revenu minimum universel et l’attribution d’un logement.

Cette analyse est simpliste et ne tient pas compte de la complexité et de la variété des situations dans lesquelles se trouvent les sans-abri.

Tout d’abord, ne faisons pas preuve d’angélisme. Le monde et l’homme étant ce qu’ils sont - c’est-à-dire imparfaits - la pauvreté et l’exclusion ne pourront jamais être complètement éradiquées. L’objectif "zéro SDF" est malheureusement irréaliste. Personne n’est à l’abri d’un accident de la vie, de la rupture de ses liens familiaux, sociaux et professionnels ou de problèmes de santé physique ou mentale.

Les raisons pour lesquelles de nombreuses personnes se retrouvent sans-abri sont multiples et complexes, cela va de la perte de tout lien familial ou social à la soumission à l’alcool ou à la drogue. Le problème n’est pas que financier, en sorte que l’octroi d’un "revenu minimum universel" ne réglerait sans doute pas grand-chose.

Le profil intellectuel, psychologique, affectif, professionnel, etc., des sans-abri est extrêmement varié. Dès lors des solutions uniformes ne sont jamais adaptées. Quand bien même mettrions-nous un logement à la disposition de chaque SDF, le problème ne serait pas réglé compte tenu des difficultés qu’il continuerait à rencontrer pour gérer sa vie sociale et professionnelle, son budget et dès lors son logement.

Compte tenu de ces profils différents, les missions des associations qui viennent en aide aux sans-abri sont également différentes.

Elles vont du simple hébergement d’urgence à un hébergement accompagné qui vise à une réinsertion sociale et professionnelle durable permettant de retrouver une dignité d’homme. Cependant, il est vrai que la coordination entre ces différentes associations pourrait être améliorée. Est-ce à dire que l’Etat se décharge sur le monde associatif d’un problème qu’il pourrait gérer personnellement ? Non. L’Etat ne se décharge pas, mais il sous-traite la prise en charge de ces questions auprès de personnes et associations motivées et qui se battent pour améliorer le sort des sans-abri. Ou est le problème ? Rien ne prouve d’ailleurs que ce travail des "professionnels de l’humanitaire" ne serait pas efficace puisque, bien malheureusement d’ailleurs, nous ne disposons d’aucune statistique quant au nombre de sans-abri. Il n’est d’ailleurs pas exclu que notre société très individualiste et qui n’accorde plus beaucoup d’attention au voisin produise plus de sans-abri que les associations ne sont en mesure de les resocialiser ?

Ainsi, il apparaît de plus en plus important de compléter l’offre d’hébergement par divers services tels que recherche d’un emploi ou d’une formation, d’un logement, gestion du budget, lutte contre certaines addictions (principalement alcool et drogues) ou encore suivi psychiatrique.

Ceci permet une prise en compte globale du sans-abri, condition indispensable pour le faire évoluer et le remettre debout. L’expérience prouve que cette prise en charge "globale et durable" aboutit à des résultats tout à fait encourageants. Ainsi, à titre d’exemple, plus de 40 pc des personnes hébergées à la maison d’accueil des "Petits Riens" en ressortent avec un logement, un emploi ou une formation et la capacité de les conserver seul ou avec un accompagnement de l’équipe sociale.

En résumé, si une politique de prévention est indispensable, il demeure qu’un soutien et une assistance aux personnes qui se trouvent dans ces situations dramatiques sont et seront indispensables. Autant qu’ils soient assurés avec professionnalisme. N’en déplaise à Monsieur Gillard.

(1) - "La Libre Belgique" du 8 Janvier 2009

(2) - "La Libre Belgique" des samedi 10 et dimanche 11 Janvier 2009