Un témoignage écrit pas Sébastien, 17 ans, depuis une IPPJ.

Suite à différents faits qui m’auraient directement amené en prison si j'avais eu un an de plus, j'ai été condamné à passer plusieurs mois en Institution Publique pour la Protection de la Jeunesse (1). Je ne renie pas les actes qui m’ont conduit là-bas mais j'aimerais que ceux et celles qui en ont le pouvoir aident les jeunes au plus vite, sans les laisser s’enfoncer dans la délinquance.

Je suis un jeune de 17 ans comme la plupart des autres sauf que, après quelques problèmes intrafamiliaux, j’ai dérapé, bien dérapé... Tout a commencé par le décrochage scolaire et une consommation excessive de drogues douces. Suite à cela, la veille de mes 16 ans, j’ai été mis à la porte de chez mes parents. Perdu, sans logement, j’ai vécu dans la rue.

Sur les conseils d’amis proches, j’ai franchi la porte du Service de l'Aide à la Jeunesse (SAJ) de mon coin. Comme j’avais très peur d’être placé, j’ai modifié la vérité tout en insistant sur le fait que j’étais sans logement. Le SAJ m’a alors proposé un séjour de rupture au Maroc. J’étais convaincu qu’à mon retour, je serais bronzé mais sans toit, ce qui ne sert à rien. Les procédures du SAJ prennent un temps fou (les papiers, les rencontres avec les parents, les réunions, etc). Finalement, rien ne s’est pas fait.

Attendre ou vivre

Si je parle, ce n'est pas pour me plaindre, c'est pour alerter. Je pense que la jeunesse pourrait être plus soutenue. Si, durant les 10 mois passés dans la rue, un ami et mon grand-frère, dépannaient comme ils le pouvaient, je n’ai, à aucun moment, été pris en charge... Je voulais avancer sur l'idée d'autonomie. Cette autonomie est une des possibilités offertes par le SAJ. Si cela me semblait très intéressant, le problème est que les choses prennent des mois pour se réaliser et que, du temps, je n’en n’avais pas.

Sans aide financière ou sociale, j’ai fait ma route et elle n’était pas belle. J’ai commencé par vendre du cannabis, j’ai arraché des sacs à mains mais ça ne suffisait pas. L’argent appelle l’argent et, vu la société dans laquelle on vit, il m’en fallait toujours plus. J’ai fini par braquer des petits commerces. La vie de rêve, avec habits chics, smartphone dernière génération et chaussures de marque, devenait réalité pour moi. J’avais ce que je voulais et je me sentais super puissant. J’avais enfin de l’argent. Rien, plus rien, ne pourrait jamais m’arrêter.

Je me suis fait interpellé mais j’ai réussi à m’échapper. Après deux semaines à me cacher un peu partout, la police m’a attrapé. J’étais anéanti. La vie de rêve, c’était fini. J’ai avoué.

Enfermé

Je suis en IPPJ. Peut-être que ce passage en IPPJ va m'aider. Le fait d'être enfermé ici fait que je bénéficie d'aide, celle dont j’avais tant et tellement besoin quand j’étais dans la rue. J’ai parfois l'impression que, pour pouvoir en bénéficier, il a fallu que je fasse ces vols, braquages. Maintenant, je suis pris au sérieux et on ne m'embête plus avec des bêtes questions du genre “tu ne retournerais pas vivre chez ton père ?” J'ai un peu de chance dans ma malchance... Le fait de ne pas avoir été en ville m'a mis à l'abri de certaines tentations.

Une année s’est écoulée entre ma vie à la rue et ma vie à l’IPPJ. Un an. Un an, c’est le temps qu’il m’a fallu pour devenir un "délinquant" et vivre en marge de la société.

C’est seulement une fois bien ancré dans la "délinquance" que tous les services se bougent le cul pour m’aider.

J’espère maintenant y arriver, recommencer l’école et / ou trouver du travail. Je souhaite en finir avec la rue et trouver un logement. Je souhaiterais enfin pouvoir vivre plus ou moins comme une autre personne de mon âge.

S’il vous plaît, si vous êtes un acteur institutionnel ou politique, essayez de trouver de meilleures solutions pour les jeunes qui, comme moi, sont perdus. N‘attendez pas qu’ils soient bien ancrés dans la "délinquance". C’est difficile d’en sortir.

(1) Selon la loi, une IPPJ est un centre fermé pour personne délinquante de moins de 18 ans. Tout en protégeant la population de ces jeunes, ces centres doivent permettre à leurs pensionnaires de se reconstruire, de se réinsérer dans la société, dans leur famille, dans leur école. La vision des jeunes qui y passent et parfois plusieurs mois, parfois plusieur fois, n’est pas celle-là. Elles et ils y voient plutôt une prison.