Une opinion de Florent Hendrickx, titulaire d'un diplôme en Financial Management à la Louvain School of Management et analyste de risques dans le secteur de l'assurance.

Omniprésente dans le débat public depuis plus d'un an, la question climatique relève un immense défi : concilier une discussion morale avec un problème mathématique. Et une grande partie de la solution passe par l’énergie nucléaire, propre, décarbonée, relativement sûre et efficace – en principe disponible 24h/24, 7j/7. Le nucléaire est simplement notre meilleure chance de sauver la planète.

Si l'enjeu sanitaire auquel est confronté la planète depuis quelques mois a temporairement pris le relais en tant que préoccupation prioritaire, la crise environnementale ne s'est pas soudainement évanouie. Elle reviendra dans l'actualité - d'aucuns s'interrogeront, l'a-elle seulement jamais vraiment quittée ? Et pour cause: la crise est réelle, les enjeux colossaux. L’écologie s’est imposée dans le paysage politique. Ecologisme, éco-positivisme, éco-socialisme, éco-réalisme, etc. Depuis 2019, nous sommes en quelque sorte entrés dans une ère d’éco-politique. Nul ne remettra en cause le bien-fondé de cette soudaine attention à la question climatique. Quant à l’arithmétique, il n’y a pas pléthore de solutions : rien ne décarbonisera la planète plus vite que l’énergie nucléaire. Pire, capable de produire plus, plus vite et plus longtemps, l’atome est la seule source d’énergie à même de faire respecter les engagements.

Aucun parti politique ne sauvera la planète

Les climatologues sont unanimes, nous avons l’obligation de réduire drastiquement et rapidement notre recours aux énergies fossiles, sous peine de voir la planète basculer inéluctablement dans un scénario catastrophe, sans retour possible. Ce, aussi tôt que 2050. Nous, ce n’est pas seulement la plus brave peuplade de Gaule que sont les belges, mais le monde entier. À défaut, on se contentera de l’Europe. Parce qu’il ne faut pas être dupe, la Belgique, du haut de ses 0,4% de responsabilité dans les émissions de CO2, ne sera pas un "game-changer". Ni Ecolo, ni le PS, ni le MR, ou aucun autre parti politique, ne sauveront la planète. Qu’on se le tienne pour dit.

Pour autant, en l’absence d’une réelle compétence européenne en matière d’énergie, est-ce une raison suffisante pour fixer les œillères nationales et ne rien faire ? Bien sûr que non. Le climat a besoin d’autre ambition que le cynisme primaire. Ne serait-ce que pour montrer l’exemple et, pourquoi pas, susciter de nouvelles vocations. Les courants de pensée prônant la décroissance sont aussi dangereux pour la prospérité – particulièrement celle des classes les plus fragiles, et mèneront en définitive à un recul sans précédent du progrès social – qu’ils sont stériles et inutiles dans un monde globalisé : les vecteurs de croissance – et par corollaire de consommation énergétique - n’ont pas le temps pour ce genre discours. Allez donc souffler de l’oreille des populations chinoises ou indienne que le moment est venu pour eux de sacrifier un peu de leur prospérité.

Basculer les énergies fossiles vers un mix porté majoritairement par le nucléaire

La seule solution viable, tant au niveau belgo-belge qu’à l’échelle mondiale, est de basculer les énergies fossiles vers un mix porté majoritairement par le nucléaire – mais complété par les énergies renouvelables afin d’éviter de tomber dans l’excès inverse et devenir trop dépendant de l’énergie nucléaire. Comme je l’indiquais en ouverture d’opinion, il s’agit surtout d’un pragmatisme mathématique. En effet, la croissance économique mondiale implique une croissance dans la demande énergétique. De façon assez simple à appréhender, il est nécessaire d’accroitre l’offre pour préserver l’équilibre. Or, les politiques actuelles et les notes d’intention des grands partis francophones font le choix du tout renouvelable. En l’état, cela ne permettra tout au plus que de palier à la consommation d’énergie actuelle, sans offrir de solution à la demande croissante des années à venir. En d’autres termes, le renouvelable comblera dans 10 ou 15 ans la demande actuelle. Trop lente, trop incertaine, cette énergie est vouée à être éternellement en retard par rapport aux échéances climatiques.

D’après Staffan Qvist, un ingénieur suédois et co-auteur de How Some Countries Have Solved Climate Change and the Rest Can Follow (avec Joshua Goldstein, éd. PublicAffairs, 2019), un pays a déjà réussi sa transition énergétique : le sien. Ainsi, entre 1970 et 1990, la Suède a construit une dizaine de centrales et doublé sa production d’énergie nucléaire, permettant de réduire ses émissions de CO2 de 50%. Dans le même temps, son économie progressait de 50% et l’utilisation d’énergies fossiles s’est réduit de 40%. Aujourd’hui, près de la moitié de l’énergie suédoise est issue de la filière nucléaire – un chiffre comparable au notre – alors que 40% repose sur la force hydraulique. Le solde étant assuré par l’éolien et les biocarburants. Le résultat est une énergie propre, peu coûteuse, fiable et durable.

Dans leur ouvrage, les auteurs mettent en contraste l’expérience suédoise avec la politique énergétique allemande. De l’autre côté du Rhin, le choix a été fait de basculer vers l’éolien et l’énergie solaire, tout en éliminant le nucléaire. Ce faisant, l’Allemagne a remplacé une énergie propre par une autre, sans parvenir à réduire significativement ses émissions de CO2. 40% de la production teutonne dépend du charbon. Les expériences ont rendu un verdict criant : une transition énergétique dirigée par le renouvelable a un rythme de décarbonisation 5 fois plus lent que son équivalent nucléaire.

L’énergie nucléaire est relativement sûre

Contrairement aux idées anxiogènes véhiculées par la plupart des mouvements écologistes, l’énergie nucléaire est relativement sûre – on dénombre trois accidents nucléaires majeurs en plus de 50 ans, avec des répercussions directes et indirectes parfois importantes, certes, mais sensiblement inférieures aux effets néfastes et au lourd bilan humain et environnemental directement imputable à l’exploitation des énergies fossiles. Même les énergies dites "vertes", telles que l’éolien ou le photovoltaïque, ne sont pas exemptes de conséquences – minage de métaux rares et autre matière premières toxiques, traitement des panneaux au fluorure, potentiellement cancérogène, questions par rapport au recyclage et le traitement des déchets.

Par ailleurs, l'exploitation de l'atome reste efficace et, en théorie, continue. Les intermittences comme celles que nous avons connues en Belgique sont principalement dues à des manquements dans la maintenance et l’entretien des réacteurs, c’est-à-dire un facteur purement humain. De plus, différents pays continuent à investir dans la recherche et le développement, offrant des perspectives encourageantes.

L’efficacité est constamment améliorée, la sécurité renforcée. Les prototypes de réacteurs nouvelle génération sont mis en place – en Chine, en Inde... et aux Pays-Bas – ouvrant la porte au Thorium, dont on attend beaucoup. Les déchets, s’ils représentent une problématique majeure de l’énergie nucléaire, ne sont en rien un défi insurmontable. Aux Etats-Unis, l’ensemble des déchets générés par plus d’un demi-siècle d’exploitation nucléaire pourrait tenir sur un terrain de foot, empilés sur une dizaine de mètres. Certes, l’AIE (Agence Internationale de l'Energie) considère la plupart des solutions comme temporaires – enfouissement, entreposage, stockage océanique, etc. – mais là aussi, la recherche permet d’être optimiste, notamment grâce au recyclage des déchets comme carburant pour les réacteurs.

Au vu de la situation et des défis climatique et environnementaux, un « Green New Deal » est indéniablement souhaitable. Il est même indispensable. Et il doit être nucléaire, c’est une question d’arithmétique. Cela demandera du courage, beaucoup de courage politique pour faire entendre cette vérité dissonante. Il faudra choisir entre le joli verni du renouvelable et la réalité mathématique du changement climatique. Heureusement, le choix est extrêmement facile.