Une chronique de Jan de Troyer.


Jean-Louis Denis est sorti de prison sans condition. Si l’un des islamistes libérés prochainement passe de nouveau aux actes, quelle excuse nos dirigeants pourront-ils avancer ?


À l’instant même où Charles Michel s’appliquait à prouver qu’il était bien le vrai patron de la société coopérative nommée Belgique - pour découvrir après sa tentative de démonstration et un certain retard qu’il n’avait plus rien à dire - la mauvaise surprise réservée aux habitants de la commune flamande de Londerzeel fut d’un ordre légèrement différent. À la veille de Noël, les Londerzeelois ont dû accueillir Jean-Louis Denis, un personnage désigné par le parquet fédéral comme dirigeant d’un groupe terroriste, ayant recruté une vingtaine de jeunes Belges pour aller se battre en Syrie. La sortie de prison de M. Denis, dit "le soumis", n’est pas passée inaperçue. Il a déclaré triomphalement devant les caméras qu’il ne regrettait rien. Sa mère l’a d’ailleurs confirmé : "Mon fils n’a pas changé. Pourquoi aurait-il dû ? Il n’a commis aucune faute. Il est simplement musulman."

On aurait pu demander naïvement à M. Denis de respecter les intentions pacifistes qui, traditionnellement, s’emparent de la Flandre quand le Père Noël y fait son apparition. Mais il est fort probable que ce souhait aurait été accueilli comme le produit d’un esprit contaminé par l’héritage de la pensée occidentale, dominée par la Nativité et qui nous empêche d’accepter les convictions de l’intéressé.

Ayant purgé sa peine de cinq ans de prison, M. Denis peut de nouveau se promener librement dans notre société qu’il déteste tellement et "le soumis" a annoncé qu’il allait reprendre ses activités. Il a immédiatement profité de sa liberté d’expression en dénonçant "la terrible injustice" que doivent subir ses frères "qui sont en prison uniquement parce qu’ils sont musulmans". Il a qualifié la section Deradex, l’aile pénitentiaire où l’on essaie de réintégrer les individus radicalisés, "d’endroit de torture qui ne fait que renforcer nos convictions". Pour nous enlever nos dernières illusions, M. Denis a demandé d’un air provocateur en fixant la caméra : "Vous avez l’impression que j’ai changé ?"

Pour surveiller cet individu, la commune de Londerzeel est, selon le dispositif législatif actuel, censée activer "une cellule de sécurité". La tâche ne semble pas vraiment à la hauteur d’une commune de 18 000 habitants. Heureusement, la bourgmestre de Londerzeel, Nadia Sminate, fille d’un père marocain, est également la présidente de la commission "Déradicalisation" du Parlement flamand. Elle connaît donc la problématique. En Flandre, on ne s’étonnerait toutefois pas que la tentative de la bourgmestre de limiter les inquiétantes activités de M. Denis soit qualifiée au sud du pays de énième manifestation de l’intolérance flamande, puisque Nadia Sminate appartient à la N-VA. Or, selon un certain populisme de gauche, N-VA et Vlaams Belang, c’est chou vert et vert chou.

En Flandre, on se pose aussi la question de savoir pourquoi, au lendemain des attentats à l’aéroport de Zaventem et à Bruxelles, le gouvernement Michel n’a rien entrepris permettant d’intervenir sans délai dès l’instant où Jean-Louis Denis reprendrait ses appels à la violence.

Actuellement, c’est impossible ! Le "soumis" a purgé pleinement sa peine, il a donc été relâché sans condition. Il dispose entièrement de sa liberté d’expression et peut circuler librement. La juriste Yasmine Kherbache (SP.A), également membre de la commission "Déradicalisation" du Parlement flamand, a rappelé à la VRT que l’opposition avait proposé au gouvernement d’agir avec l’ensemble des forces démocratiques et de changer la loi dans le sens d’une possible mise à disposition de la justice des terroristes libérés. Cette proposition constructive est restée sans résultat.

Une série d’islamistes condamnés seront libérés dans les mois à venir. Ils ont tous délibérément refusé la libération anticipée dans le but avoué de sortir de prison sans aucune condition et donc de recouvrer leur totale liberté d’action. Le refus de la classe politique de coopérer avec l’opposition pour protéger les citoyens est inquiétant. Si l’un des islamistes libérés passe de nouveau aux actes, quelle excuse nos dirigeants pourront-ils avancer ?