Une opinion de Frédéric Debouche, président de l'ONG Graine de vie qui encourage depuis 2009 la compensation de l'empreinte écologique des habitants de nos pays industrialisés par la plantation d'arbres dans les pays en voie de développement.

Face à la pandémie du Covid19, l'humanité entière se mobilise, se confine, s'inquiète.

Pourtant, une crise annoncée depuis des années comme bien plus grave nous menace dans une indifférence quasi générale.

Réchauffement climatique, destruction de la moitié de la vie marine et de la moitié des forêts primaires, pollution de l'air, érosion et pollution chimique des sols, disparition de milliers d'espèces animales ou végétales, perte des ressources en eau... le bilan de l'agression systématique de l'être humain sur son environnement durant les cinquante dernières années est plus que catastrophique, il est coupable.

Si nous reprochons aujourd'hui à nos dirigeants un manque de clairvoyance et d'anticipation pour le Coronavirus, que dirons-nous dans quelques années à nos enfants face à notre manque de discernement collectif et individuel au regard du désastre environnemental auquel ils devront faire face ?

Ne nous voilons pas la face. Les conséquences de nos atteintes répétées contre notre propre et unique habitat, la Terre, a déjà des conséquences beaucoup plus dramatiques que le Covid19.

Savez-vous que d'après l'organisation mondiale de la santé (OMS), près d'un décès sur quatre dans le monde est provoqué par la fragilisation de notre environnement : pollution de l'air, de l'eau, des sols, exposition aux substances chimiques, changement climatique, rayonnement UV....

Rien que la pollution de l’air ambiant serait responsable de près de 800 000 morts chaque année en Europe (chiffres de l'Agence Européenne de l'Environnement).

La COP21, en décembre 2015 à Paris, s'était fixée pour objectif de maintenir le réchauffement climatique à moins de 2°C d'ici à 2100, faute de quoi des conséquences dramatiques bouleverseraient nos modes de vie:
- Villes envahies par les eaux (Miami, New York, Mumbai, Bangkok, Tokyo, Amsterdam...), Îles et côtes englouties (selon l'Agence des Services Maritimes et Côtiers, la côte belge sera sous eau en 2050 et des villes comme Gand ou Dendermonde seront également impactées), records de chaleur (souvenez-vous des 40 degrés de l'été passé), sécheresse, feux de forêts dans toutes les latitudes (y compris les Hautes Fagnes et nos forêts ardennaises), détérioration des rendements agricoles et donc de la sécurité alimentaire (l'ONU prédit que près de 600 millions de personnes pourraient souffrir de malnutrition en 2080).
-Sans parler des réfugiés climatiques: nous n'arrivons déjà pas à gérer la crise de l'immigration actuelle, comment allons-nous appréhender les 280 millions de réfugiés climatiques annoncés par l'ONU en 2050 ?
-Et que dire de la recrudescence de maladies, de la fonte du permafrost, de l'extinction des espèces (une espèce sur six pourrait disparaître) et des bouleversements économiques liés au changement climatique...

Faute d'une véritable mobilisation des grandes puissances industrielles depuis 2015, les scientifiques redoutent une montée de la température moyenne de la Terre de 4 degrés d'ici la fin du siècle avec une aggravation exponentielle des conséquences dramatiques pour l'humanité, menaçant même sa survie.

Bien-sûr la pandémie du Covid19 méritait une mobilisation générale pour réduire le nombre de victimes, car chaque vie compte.
Mais ne convient-il pas de comparer l'ampleur de cette mobilisation face à la faiblesse des mesures mise en place pour lutter activement contre le réchauffement climatique qui tue déjà et tuera encore beaucoup plus que le Covid19 ?

Nous sommes à la croisée de notre chemin et cette crise nous met dans une situation inédite de réflexion par rapport à nos excès qui peut devenir le moteur d'un changement radical vers un monde moins injuste, davantage vecteur de paix et de bonheur et plus durable.

Des sommes considérables exprimées en milliards de dollars vont être réunies pour reconstruire notre économie.
La juste répartition de cette manne financière est une opportunité unique pour réorienter notre économie et tenter de réparer nos erreurs passées.

Le nouveau monde qui devra être mis en place après cette crise sanitaire dépendra de chacun d'entre nous. À nous de faire le choix aujourd'hui de ce que nous voulons demain pour nos enfants.

"You must be the change you want to see in the world"  - Gandhi.