Opinions "Dans les mosquées de Bruxelles, les fondamentalistes n'ont pas leur place." Tel est le principal message de l'administrateur de l'Union des mosquées de Bruxelles. Ce responsable de la mosquée Attadamoune de Molenbeek évoque pour nous l'évolution de l'islam en Belgique, ses difficultés, ses faiblesses organisationnelles, son image et les jeunes fondamentalistes. Jamal Habbachich, qui est aussi professeur de religion islamique, est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

Extraits de cet entretien réservé à l'Edition Abonnés:

Les autorités musulmanes belges ne se positionnent pas toujours vis-à-vis des dérives commises au nom de l'islam. Cela laisse parfois penser que vous ne les condamnez pas...

Quand Sharia4Belgium agissait, il y a eu une réaction unanime des imams de Belgique qui se sont dressés contre. Mais c'est vrai que nous sommes une communauté réservée, à qui il faut du temps. Nous n'avons pas de grande structure hiérarchisée comme les juifs de Belgique, qui réagissent à la minute. Nous, nous sommes composés de beaucoup de groupes. Parfois, pour joindre certaines personnes, il faut deux à trois jours. Notre communauté est encore à un stade primaire d'organisation.

Cela ne vous joue-t-il pas des tours ?

Oui, il faut être lucide, les imams de Bruxelles ont un double problème. Le premier est linguistique puisque la majorité ne parle pas français. Donc, quand ils veulent rédiger un communiqué, il est d'abord écrit en arabe puis traduit en français. Le deuxième : en Belgique, nous n'avons pas une autorité qui coiffe tous les imams.

N'y a-t-il pas aussi une crainte des imams d'être - verbalement ou physiquement - pris à partie s'ils prennent des positions qui vont à l'encontre de certaines fractions de musulmans radicaux ?

Il y a 20 ans, la crainte existait mais plus maintenant. Parce qu'un travail de fond a été effectué sur la formation des imams et des cadres des mosquées, pour les sensibiliser au fait qu'on vit au coeur de l'Europe et qu'il y a un type d'islam qui n'est plus d’actualité ici. On vit un islam modéré, tel que le prophète l'a vécu. On a un pacte entre nous : si un imam sort du rang, on va lui déclarer la guerre! Il va avoir la foudre sur la tête!

Si les imams ne parlent pas français, parviennent-ils à s'intégrer dans la société ?

Le président de la Ligue des imams est ici depuis 25 ans et il ne parle pas français. Le président du Conseil des Théologiens est ici depuis une trentaine d'années et ne parle ni français ni néerlandais. Ce n'est pas normal... Certains imams ont des traducteurs. C'est une mentalité, une culture de certains pays d'origine. Mais cette barrière linguistique les dérange...

Comment vivez-vous les critiques de ceux qui affirment que les musulmans qui ne s'adaptent pas à la culture du pays ne doivent pas rester ?

On en parle, on demande aux imams de sensibiliser les fidèles qui fréquentent les mosquées à notre présence en Belgique, à notre participation à la vie citoyenne. Aujourd'hui, qu'un voile empêche une fille d'aller à l'école n'est pas dans l'esprit de l'islam. La tradition prend encore trop le pas sur la religion. Il n'y a pas encore assez de cadres à la hauteur pour expliquer aux fidèles quelles sont les finalités de cette religion. La situation islamique du Moyen Âge a montré un élan extraordinaire du savoir, de l'ouverture à l'autre. Malheureusement, des musulmans qui vivent ici ont pris l'islam des traditions et c'est parfois compliqué de les faire sortir de cet engrenage de traditions pour les amener à l'islam des Lumières. Il subsiste un courant conservateur qui craint une perte de valeurs, de se fondre dans la masse.

Vous comprenez que des citoyens soient choqués de voir en rue des femmes intégralement voilées ou des hommes à longue barbe et en djellaba ?

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