De nombreux employés ont besoin d'une voiture pour effectuer leur travail. Et aussi fort que l’on puisse appeler à l'abolition de la voiture de société, il convient de demeurer réaliste quant au fait qu’il ne s’agit peut-être pas d’une option réaliste. Une opinion de Joost Kaesemans, Directeur communication Febiac.

Quiconque travaille est rémunéré. Avec un salaire mais aussi de 83 autres manières destinées à compenser le coût excessif de la main-d'œuvre en Belgique. De ce fait, il n'est clairement pas surprenant que plus d'un demi-million de Belges disposent d’une voiture dans leur package salarial.

A l’étranger, les entreprises recourent aussi aux voitures de société. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer la valeur d'une voiture de société qui peut être utilisée à la fois pour des déplacements professionnels et privés (sous réserve du paiement d'un ATN par l'utilisateur), ni en matière de pouvoir d'achat, ni en matière de réduction ou d'évitement des coûts d’entretiens ou de réparations qui peuvent parfois être élevés.

Vous marquez un point : l'attribution d'une voiture de société n'est pas toujours décidée en fonction des besoins professionnels réels. Par l’entremise du "plan cafétéria", entre autres, un certain nombre d'employés (combien, la question demeure ouverte ?) obtiennent une voiture de manière automatique, dans le seul but d’optimiser les coûts de main-d'œuvre, et sans jamais se demander s’il s’agit d’une bonne chose en termes de besoins de mobilité ou de souhaits des employés comme des employeurs. A cet égard, l'allocation de mobilité ainsi que le budget de mobilité constituent un bon pas en avant, mais ils ne progressent pas encore suffisamment.

L'abolition de la carte carburant, une mauvaise idée

Plus encore que le fait que les employés soient "contraints et forcés" d'utiliser une voiture de société, le fait que toute personne qui bénéficie d’une voiture de fonction puisse couvrir un nombre "illimité" de kilomètres privés constitue le facteur prépondérant au sein du débat actuel. Cela suggérerait de facto l’usage de la voiture et n’inviterait pas à un usage modéré de l’auto-mobilité. Mauvais point pour la congestion, mauvais point pour l'environnement et mauvais point pour les alternatives à la voiture. Qu'un utilisateur d’une voiture de société parcourt plusieurs milliers de kilomètres de plus chaque année et vive plus loin de son lieu de travail sont deux conséquences généralement attribuées à ces "kilomètres gratuits". 

Le profil professionnel, les revenus disponibles et cette suite logique que la voiture de société devienne dans tous les cas la voiture "par défaut" de la famille sont autant d’éléments qui mérite une meilleure recherche vis-à-vis du rôle qu’ils tiennent dans cet usage supérieur de l’auto-mobilité. Mais quoi qu'il en soit : les "kilomètres gratuits" jouent de toute façon un rôle, ne serait-ce que dans la façon dont les utilisateurs voyagent en famille. A ce titre, l'abolition de la carte carburant peut sembler efficace, mais qu'en sera-t-il des déplacements professionnels ? Je crains que dans ce cas, le retrait de la carte carburant ne soit finalement d'aucune utilité.

Cartographier les kilomètres privés

La technologie semble maintenant mûre pour cartographier les "kilomètres privés" d'une manière juste et transparente, et donc pour faire contribuer équitablement l'utilisateur du véhicule de société. Croisez les heures et les endroits où les personnes conduisent avec les horaires de travail, et des informaticiens intelligents seront sans aucun doute en mesure d’opérer une distinction étonnamment précise entre les kilomètres parcourus pour le travail, d'une part, et le trafic privé ou domicile-lieu de travail, d'autre part. Il y a clairement matière à développer cette piste. Si vous vous éloignez du lieu de travail, vous devrez contribuer chaque jour en conséquence. 

Quiconque, comme moi, se rend au travail à vélo les jours où l’on sait que l’on ne bougera pas du bureau, en retirera un bénéfice financier à chaque fois qu'il effectuera ce choix. Et si vous établissez également un lien entre le prix du kilométrage parcouru et les caractéristiques environnementales du véhicule, vous répondrez également à l'accusation selon laquelle les voitures de société sont plus jeunes (renouvelées plus souvent), mais aussi plus grosses, plus lourdes et donc plus énergivores. Le budget de la mobilité multimodale s'en trouverait également augmenté : associer une petite voiture avec un vélo (électrique) pour se rendre au travail lorsque cela est possible, et donc éviter l'impôt : croyez-moi, ce serait amusant !

Très clairement, le prélèvement kilométrique intelligent n’est rien d’autre que la carte manquante dans tout ce jeu qui entoure aujourd’hui les voitures-salaires. Une carte qu'il est plus qu’urgent de mettre sur la table.