Opinions

Dans ce grand hôtel bruxellois, sa silhouette menue et gracile se déplace sans faire de bruit, dans l’indifférence générale. Sylvie Germain, romancière, essayiste, dramaturge française, ne doit guère aimer ces lieux où des hommes bruyants, trop pressés, trop bien habillés, marchent à grandes enjambées vers leur destin ou leur dernière affaire à conclure, le téléphone rivé à l’oreille. Dehors, elle a croisé, assis sur le trottoir, des mendiants, des paumés, des brisés, la main tendue dans le froid, le regard vague. Il faudrait, dit-elle, si nous étions réellement bons, saints, les prendre chacun dans nos bras et leur apporter amour, tendresse et réconfort. Mais nous ne le faisons pas, ou si peu. Parce qu’il y a, en nous, du bien mais aussi du mal. L’indifférence est peut-être la première de nos petites lâchetés quotidiennes.

Pour un non-philosophe, il n’est pas aisé de la suivre dans les méandres de sa réflexion, toujours charpentée de citations abondantes et savantes. Dieu, que l’on aimerait reprendre des études de philosophie avec Sylvie Germain pour guide !

Elle répond docilement aux questions, s’amuse de notre curiosité mais esquive parfois, parce que, dit-elle, il faudrait toute une vie pour apporter les nuances nécessaires. Pour dénicher la réponse aux questions, il faut souvent attendre la fin d’un long détour. Éloge de la lenteur et de la patience.

Le soir, elle est invitée à débattre avec Gabriel Ringlet, aux Grandes Conférences catholiques. Salle comble. Le propos est subtil, ciselé mais toujours soupesé. Ringlet et Germain se complètent, se complaisent dans un dialogue à la fois haut perché et profond. Ce soir-là, ils discourent sur l’inconnaissance de Dieu, celui que l’on ne voit jamais de face et qui nous protège de sa parole et de sa main. C’est pareil pour nous-même : qui voit-on dans notre miroir ? Qui est derrière nos traits figés ? Comment faire le vide en soi pour se retrouver ? Et nos semblables, que voyons-nous d’eux ? Des dos, pour mieux les couvrir et les enlacer.