Faut-il une avalanche de chiffres pour convaincre les (derniers) sceptiques de la portée de l'exploit réalisé, jeudi, par nos deux représentantes, sur la terre battue de Roland Garros, ou ne peut-on se contenter de la griserie de l'instant comme le feraient, ailleurs, bon nombre d'aficionados ?

En matière de sports, il vaut toujours mieux convaincre que simplement séduire sans trop bien savoir de quoi l'on parle. En Belgique surtout où l'on sait laisser l'étiquette surréaliste aux vestiaires pour ne pas s'emballer trop vite de peur que le ciel, parfois si bas, nous tombe sur la tête.

C'est toute la différence entre un sous-nationalisme exacerbé par la passion et une légitime fierté appuyée par des faits probants qui ne doivent rien au hasard. Prêts ? Service. Forcément gagnant.

Justine Henin-Hardenne et Kim Clijsters s'affronteront donc, samedi après-midi, en finale des Internationaux de France de Roland Garros. On le cite par ailleurs mais c'est seulement la septième fois depuis l'ère dite Open (soit en 1968) que des compatriotes se rencontrent à ce stade.

A cinq reprises, ce furent des Américaines, essentiellement Chris Evert, la naturalisée Martina Navratilova et, bien entendu, les soeurs Williams.

Il faut remonter à 1971 pour retrouver une finale australienne, entre Evonne Goolagong et Helen Gourlay.

Plus près de nous, la finale belge de samedi signifie la fin d'une hégémonie de 11 victoires américaines dans une levée du Grand Chelem et, accessoirement, la fin d'une série de 33 victoires consécutives pour Serena Williams, dont la dernière défaite fut contre Amélie Mauresmo au tournoi de Rome. Mais sa défaite contre Justine est la deuxième en trois confrontations sur terre battue.

En un mot comme en cent, cette finale belgo-belge, on la sentait venir, sans trop de prétention, mais en se basant simplement sur le fait que, depuis des années, Justine et Kim ont forgé, pas à pas, leur chemin vers le succès, ayant déjà connu, l'une comme l'autre et la même année (2001), les joies et les peines d'une finale perdue du Grand Chelem, l'une à Wimbledon et l'autre à Paris, déjà.

Avec l'argent de leur professionnalisme, parfois décrié dans ses montants exagérés, elles ont su s'offrir les conditions, physiques et psychologiques, d'une amélioration de leur état, avec le résultat que l'on mesure aujourd'hui: samedi, une Belge aura gagné une grande finale et nos joueuses seront dans le Top 3.

© La Libre Belgique 2003