Cette triste affaire des visas humanitaires masque ce qu’il fallait et faut faire : quels moyens pour soutenir et préserver ces communautés en Orient ? Une opinion de Naher Arslan, président de la Fédération des Assyriens de Belgique.

L’affaire des visas humanitaires aura au moins le mérite d’exposer une réalité niée depuis longtemps : les Assyriens, des chrétiens d’Orient, sont victimes dans leur chair - comme leurs concitoyens syriens ou irakiens - mais sont aussi victimes dans leur identité ethnique et religieuse. Et lorsqu’un chevalier blanc décide finalement de leur venir en aide, ils deviennent également victimes dans leur porte-monnaie.

À l’heure où certains sont prêts à prendre le risque de se noyer dans la Méditerranée, qui ne paierait pas le prix fort, s’il en a les moyens, pour obtenir un visa humanitaire et simplement embarquer dans un avion vers la Belgique, de manière tout à fait légale ?

Le désespoir et la détresse des populations fragilisées par la guerre n’ont pas de limites. Il semble que certains l’aient bien compris. Un lucratif business s’est mis en place sur le dos des plus vulnérables, à la barbe et au nez du secrétaire d’État belge à l’Asile et à la Migration. À la justice de faire son travail et de dénicher tous les coupables. Ce qui est certain, c’est que la responsabilité politique de Theo Francken, elle, est largement entachée.

Les chrétiens d’Orient sont aujourd’hui les doubles victimes de cette odieuse affaire. Victimes d’une société qui les rejette, qui les considère comme des traîtres, comme des infidèles. Et cela n’est pas nouveau. Alors que les trois-quarts de la communauté assyrienne vit désormais en diaspora, les organisations qui militent pour les droits de cette communauté travaillent d’arrache-pied pour maintenir une présence assyrienne en Orient. Le but n’est pas de vider l’Orient de son élément chrétien, mais de soutenir ces communautés vulnérables afin de leur créer un avenir chez eux. Partant de là, lorsque la dernière personne parlant l’araméen - langue du Christ et langue des Assyriens - aura quitté l’Orient, nous aurons tous échoué.

Dans un tel cadre, est-ce qu’un visa humanitaire en faveur des chrétiens d’Orient est une bonne chose Monsieur l’ex-secrétaire d’État ? À vos yeux, probablement oui, vous venez en aide aux plus vulnérables. À nos yeux, représentants de la société civile de la diaspora assyrienne, pas vraiment.

Au lieu d’ouvrir une voie royale à la fin des chrétiens en Orient, pourquoi ne pas ouvrir plutôt une réflexion plus profonde quant aux moyens de préserver ces communautés en Orient. Nous aurions pu le faire ensemble, représentants politiques, acteurs de terrain et représentants de la société civile des diasporas d’Orient (et non pas avec un seul personnage, ayant de surcroît la carte de membre de la N-VA).

Il est clair que de telles démarches auraient été moins flamboyantes médiatiquement que de sauter sur son cheval blanc et annoncer haut et fort à la presse que Theo Francken, l’ami des chrétiens d’Orient, vient les sauver.

Le plus triste dans cette affaire est peut-être de constater que les chrétiens d’Orient, tellement habitués à la douleur d’être considérés comme inférieurs chez eux, ne sont même plus surpris par le trafic qui a été organisé sur leur dos. Ce qui choque en revanche, c’est que cela ait été organisé au sein du cabinet du secrétaire d’État, dans un pays de droit, pays humaniste, pays ayant accueilli une communauté assyrienne estimée à plus de vingt mille individus sur les quarante dernières années.

Alors Theo, tu veux aider les chrétiens d’Orient ? Aucun problème, mais peut-être devrais-tu commencer par t’intéresser réellement à eux, dans leur ensemble et non pas uniquement via ceux qui ont la carte de ton parti. En confiant une tâche aussi importante à Melikan Kucam, ton ami, au lieu de consulter les organes de représentation des chrétiens d’Orient en Belgique et en Syrie (parce que ceux-ci existent, contrairement à ce que tu prétends) nous n’en serions peut-être pas arrivés à un tel scandale. Et appliquer la politique de l’autruche après de telles révélations, dont le trafic d’êtres humains - rappelons-le, c’est un peu prendre les chrétiens d’Orient et les citoyens belges pour des idiots.