Une opinion de Isabella Lenarduzzi, fondatrice et directrice de Jump "Promoting gender equailty, advancing the economy".


En 2009, après la crise financière, un banquier américain confiait : "Après que les hommes ont mis le bordel, les femmes prennent leur place pour faire le ménage." A Theresa May de réussir sa "mission impossible" !

Il y a presque deux ans, j’écrivais : "La composition du nouveau gouvernement donne une nouvelle preuve qu’il existe un plafond de verre pour les femmes (4 sur 18 ministres) mais il fait pire… il révèle l’existence d’une falaise de verre. Les deux ministres du MR pour les portefeuilles les plus dangereux (mobilité et énergie) sont deux femmes. Ce ne sont pas des fauteuils ministériels dont elles héritent mais des sièges éjectables." Depuis cet article, une des deux a dû effectivement démissionner et l’autre est très chahutée.

Il y a dix ans, deux professeurs de l’université britannique d’Exeter, utilisent pour la première fois le terme de "glass cliff" pour expliquer que les femmes obtiennent souvent des postes à responsabilité dans des entreprises qui sont menacées ou en forte perte de vitesse et qu’en plus, elles ne bénéficient pas du même soutien de leurs collègues comparé à celui que recevrait un homme qui doit relever un pareil défi.

Les exemples sont nombreux aussi bien dans le monde des affaires que celui de la politique. Rappelons seulement les femmes islandaises ayant pris le pouvoir politique et financier après le désastre économique de 2008. Après avoir sorti leur pays d’affaires d’une façon déterminée et différente des autres pays en récession, elles sont quasi toutes remplacées par des hommes. Au Libéria, c’est Ellen Johnson Sirleaf, première femme en Afrique à être élue au suffrage universel, qui succéda au dictateur Charles Taylor qui lui laissa un pays en ruine. Elle gagna les élections contre une vedette du football et garde le pouvoir jusqu’à présent. Dans le monde des affaires, Mary Barra, CEO de General Motors apprend quelques semaines après sa prise de fonction qu’il y a un défaut (connu par d’autres managers) des airbags de la Chevrolet Cobalt ayant causé au moins 13 morts. Citons aussi Dominique Leroy qui fait des résultats remarquables et qui apporte un leadership moderne et performant, alors qu’elle a pris la tête d’une entreprise meurtrie par des luttes de clans alimentées par son prédécesseur et qui gagne cinq fois moins que lui, mais aussi deux fois moins que certains hommes dans son comité de direction.

Pourquoi recruter les femmes pour les missions impossibles ? Plusieurs études montrent que lorsque l’entreprise est en difficulté, les étudiants qui analysent le "business case" pour choisir un nouveau CEO, recherchent un autre type de leadership que celui effectif jusque-là, et sont majoritaires à vouloir dès lors une femme pour remplacer un homme. On peut aussi vérifier que les salaires des femmes CEO sont globalement très inférieurs à celui des hommes CEO. Cela s’explique partiellement par les problèmes que rencontre l’entreprise au moment de la prise de fonction. La difficulté de la mission est donc un grand risque pour l’image et la carrière de celui ou de celle qui l’endosse et n’est de plus, pas récompensé(e) financièrement.

Il y a donc beaucoup moins de concurrence pour obtenir ce poste, ce qui laisse davantage d’opportunités pour des "outsiders" du "business as usual", donc en premier lieu, les femmes !

Dans son dossier sur les 50 femmes les plus puissantes au monde, le rédacteur en chef du magazine "Fortune", écrit que les postes les plus précaires aujourd’hui sont occupés par des femmes et qu’il leur faudra des qualités exceptionnelles pour éviter l’échec. Après la défaite personnelle de Cameron qui a pris un risque démesuré pour son pays, uniquement pour asseoir son pouvoir dans son parti, et après la fuite de Nigel Farage qui n’a pas voulu assumer les conséquences de ses positions, c’est à une femme que revient la "mission impossible" de limiter l’impact de la sortie de son pays de l’Europe. Sa différence par rapport à David Cameron et Boris Johnson, qu’elle a pourtant pris comme ministre des Affaires étrangères (!), n’est pas uniquement son sexe mais aussi ses origines de classe moyenne et sa scolarité dans les écoles publiques. Elle ne fait pas partie de la "caste" des dominants en Grande-Bretagne, ni par sa famille, ni par son éducation, ni par son genre. L’histoire nous dira si cette diversité permettra à Theresa May de réussir sa "mission impossible".