Une lettre de Brigitte de Beauffort, lectrice de La Libre, à sa maman.

Maman,

Tu as 10 ans, la guerre éclate.

L'école continue, la vie aussi.

Blessés, prisonniers, exécutions, morts ,...

Privations.

Des mots qu'on entend tous les jours.

Surtout ne pas pleurer.

Tu as 15 ans, la guerre est finie.

Ton enfance aussi.

Surtout ne pas pleurer.

Tu as 90 ans, la pandémie éclate.

L'école s'arrête, pas la vie.

Covid, malades, confinement, morts,...

Privations.

Des mots qu'on entend tous les jours.

Surtout ne pas pleurer.

Te voilà confinée dans ta chambre dans une maison de repos

Comme un prisonnier dans sa cellule

Surtout ne pas pleurer.

Contraint par ta mobilité réduite et ce besoin d'aide à tout moment, tu t'es retrouvée dans une maison de repos. Tout va bien dans ta tête malgré quelques confusions :

"Quel jour sommes-nous ?"

Interdiction à nous de te rendre visite.

C'est pour le bien de tous...

Surtout ne pas pleurer

Tes petits enfants, tes nombreux arrières petits enfants, tu ne les vois plus.

Les deux derniers nouveau-nés, tu ne peux pas les câliner

Tout a changé depuis la fête de tes 90 ans...

Surtout ne pas pleurer.

Tiens bon, ne nous lâche pas maintenant.

Nous désirons tous t'embrasser comme avant.

Surtout ne pas pleurer