Opinions
Une opinion de Sander Loones, député N-VA.

Début juin, l’élu nationaliste plaidait pour l’utilisation de l’expression "Vlaamse Kust" plutôt que "Belgische Kust". Vivement critiqué, il argumente sa position et répond à ses détracteurs ce lundi dans "La Libre".

Faire la fête à Benidorm sur la Costa Blanca ou boire un petit rosé sur la Côte d’Azur. Se promener le long de la côte sauvage de Bretagne ou s’égarer dans les dunes de Zélande. Les falaises blanches de Picardie ou notre chère côte flamande. Autant d’endroits magnifiques, chacun ayant sa propre identité et son authenticité. Tout comme les Ardennes françaises, wallonnes et flamandes.

Un label de qualité évident

Comment se fait-il que certains célèbrent spontanément l’unicité, l’identité et la souveraineté dans autant d’endroits, alors que chez nous, ce serait le signe d’une étroitesse d’esprit ? Pourquoi louons-nous la culture écossaise, son whisky, sa cornemuse et sa combativité, alors que beaucoup ne semblent pas apprécier la fierté wallonne ou flamande ? Pourquoi n’osons-nous pas être simplement nous-mêmes ? Résolus, libres et ouverts.

Quand j’ai remplacé côte "belge" par "flamande" sur une couverture de journal la semaine dernière, les réactions de personnes offusquées ont été nombreuses. J’avais pourtant clairement écrit que chacun était bien évidemment le bienvenu à la mer.

J’ai grandi et je vis à la côte flamande. L’hospitalité est inscrite dans nos gènes. Et tous les jours, j’entends des visiteurs expliquer pourquoi ils passent leurs vacances à la plage. Et ce n’est certainement pas pour y découvrir une énième copie de ce qu’ils ont déjà chez eux. Ils veulent quelque chose de typique. Si l’on voyage, c’est avant tout pour découvrir quelque chose de nouveau.

En promouvant les identités propres flamande et wallonne de manière ouverte, nous renforçons leur attractivité touristique. Notre côte flamande doit offrir une valeur ajoutée à ses visiteurs. Comme je ne veux pas manger d’asperges à Wépion, mais de savoureuses fraises, typiques de la région. Et je veux y être accueilli en français, et pourquoi pas immergé dans un savoureux dialecte.

Être fier de son identité locale, provinciale et régionale ne doit pas être une affirmation politique. Ce devrait être une évidence. Ce que nous sommes, qui nous sommes constituent notre communauté et nous offrent un refuge dans un monde en évolution rapide.

Identité et politique

En tant que nationaliste convaincu, je porte notre identité flamande avec fierté. Et comme une évidence. Non parce qu’elle nous enferme, mais parce qu’elle est au contraire une porte et une fenêtre sur le monde. Il faut se connaître soi-même pour mieux découvrir l’autre. En ces temps de crises migratoires, d’incertitude au niveau européen et de tensions mondiales, c’est une nécessité absolue.

Je n’aime pas non plus lorsque des leaders d’opinion et responsables politiques sous-estiment l’identité et la force de la Wallonie. Je crois en la capacité de la Wallonie et en la mobilité sociale ascendante. La Wallonie est capable de réaliser ce que partout en Europe les autres régions parviennent à faire. Ou est-ce que les résultats font aujourd’hui défaut précisément parce que la force de la fierté wallonne n’est pas pleinement exploitée ?

Je comprends Paul Magnette lorsqu’il s’oppose au traité de libre-échange CETA avec le Canada. Si je ne partage pas son point de vue sur le fond, j’admets que la voix des 3,6 millions de Wallons doit être entendue dans le débat international. Je ne peux qu’encourager M. Magnette quand il défend ainsi la fierté wallonne. Dans notre modèle confédéral, il aurait même pu défendre son point de vue directement à la table politique européenne. Ici, il n’a pu taper du poing sur la table qu’en marge.

Je félicite Maxime Prévot qui a refusé la main quémandeuse d’Elio Di Rupo. L’ancien Premier ministre rêve d’un nouvel afflux de fonds flamands. Le président du CDH appelle quant à lui à l’action en Wallonie. Si la loi relative au financement est très généreuse pour la Wallonie, des économistes francophones pensent néanmoins que les allocations familiales ne pourront peut-être bientôt plus y être payées. Travailler dur, être responsable de ses propres comptes, avec la garantie d’une solidarité cordiale et correcte entre les entités confédérales : voilà ce que défend aussi la N-VA. Ces principes sont inscrits dans nos plans pour le confédéralisme. Noir sur blanc.

Je comprends également les électeurs wallons qui souhaitent voir appliquer la politique pour laquelle ils ont voté. Il est normal que les francophones ne souhaitent pas de nouveau être dirigés par un gouvernement de centre droit alors que la Wallonie a clairement opté pour la gauche, voire la gauche radicale. Au cours des dernières années, la Wallonie a dû subir une politique pour laquelle à peine 25 % des électeurs wallons avaient voté. Ce n’est pas durable d’un point de vue démocratique. Et ce ne sera plus possible dans notre modèle confédéral. Chaque entité pourra alors appliquer ses propres recettes.

La Flandre et la Wallonie sont deux labels de qualité. Mettre en avant cette qualité n’est pas une attaque politique, mais une tentative d’attirer l’autre. Quiconque chérit la diversité belge ne peut qu’être d’accord. Ce pays ne sera pas plus fort si chacun fait exactement la même chose. Nous devons au contraire reconnaître nos différences et les exploiter afin de tous nous renforcer. Telle est l’essence du confédéralisme. Des Ardennes wallonnes à la côte flamande.